Extrait de Hanuman N°37, Hiver 2010-2011.                               Et aussi : Hanuman N° 38
                                                                                                                     Hanuman N° 39

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              Yagna  (Le sacrifice)

 

   SACRIFICE  DE  PAPA  :  Ramdas se donne à Ram

(Extrait de : ''Carnets de Pèlerinage'')

            «…Ramdas pour la première fois entre dans la compréhension du plan de Ram, ... et ce plan est de le mener en pèlerinage vers les sanctuaires sacrés et les fleuves saints de l'Inde. A Shrirangam, la rivière Kaveri coule dans toute sa pureté et sa majesté. Vittalrao s'y rend et se baigne en ses eaux claires. Et c'est là que, par ordre de Ram, il revêt la robe de sannyasin[1]. C'est un moment décisif par lequel Ram donne à Vittalrao une vie nouvelle. Il offre ses vêtements blancs aux eaux de la Kaveri, qui les emporte dans son courant tumultueux. Il revêt la robe ocre et il fait monter cette prière jusqu'aux pieds de Ram tout puissant :

             "Ô Ram ! Ô Amour infini, protecteur de tous les mondes ! C'est par toi seul que ton humble esclave a été poussé à adopter le sannyâsa[2]. Pour ton nom seul, ô Ram, Vittalrao a quitté la vie mondaine, et toutes ses attaches, tous ses liens ont été tranchés. O Ram, bénis ton pauvre adorateur de ta grâce ! Fais qu’il obtienne la force, la foi, et le courage pour observer ses voeux et supporter toutes les expériences et les épreuves de toutes sortes qui peuvent surgir sur son chemin de sannyasin et sa vie rude et périlleuse de mendiant.''

            Il fait alors les 3 voeux suivants :

1°- Désormais sa vie sera entièrement consacrée à la méditation et au service de Sri Ram.

2°- Il observera un strict célibat, considérant toutes les femmes comme des mères.

3°- Son corps ne sera soutenu que par des nourritures qu'il se procurera à partir d'aumônes ou par ce qui lui sera offert à titre d'aumônes."

            Il tressaille d’une nouvelle naissance, d'une nouvelle vie, pleine du doux amour de Ram. La paix tombe sur son âme tourmentée. En lui, le tumulte cesse. C'est comme si les propres mains de Ram touchaient sa tête et le bénissaient :  « Ô larmes, coulez pour faire place à la joie pure de la délivrance ! Peine, anxiété, angoisse, tout s'évanouit pour ne plus revenir. Gloire soit à Ram ! »

            Et Ram lui parle intérieurement, lui accorde une grande paix : « Je te prends sous ma direction et ma protection. Reste à jamais mon adorateur. Ton nom désormais sera Ramdas[3]. »

            « Ah quel grand privilège, pense-t-il, de devenir le das[4] de Ram, qui est tout amour, toute bonté, toute pitié et tout pardon ! »

   AMMA  NOUS  PARLE  DES  YAGNAS

    Dans son livre La voie éternelle, un swami d'Amma, Ramakrishnananda Puri,nous indique les cinq pancha mahayagnas que les écritures védiques conseillent de pratiquer toute notre vie :

1°~ Le premier yagna, Brahma Yagna, est l'expression de notre gratitude envers tous les anciens sages qui nous ont montré la voie pour se libérer de la souffrance. On accomplit ce yagna en étudiant les textes sacrés ou en propageant les enseignements du gourou ou des Écritures.

2°~ Le second  yagna, Deva Yagna, consiste à adorer Dieu. Par la récitation des mantras, la méditation, les chants dévotionnels, etc., mais plus particulièrement à l'honorer dans les manifestations de la nature, empreintes de la conscience divine.

3°~ Le troisième yagna, Pitr Yagna, consiste à penser et à rendre hommage à nos ancêtres sans lesquels nous n'aurions pas eu la chance de naître. Ainsi qu'à toutes les personnes âgées de notre famille et à nos aînés.

4°~ Le quatrième  yagna, Bhuta Yagna, consiste à prendre soin des plantes et des animaux et à les considérér comme divins. Et de prendre conscience de la totale dépendance des humains vis-à-vis de la flore et de la faune qui partagent la terre avec eux.

5°~ Enfin avec le cinquième yagna, Manusya Yagna, il s'agit d'honorer et de respecter nos frères humains en tant qu'incarnations de Dieu. Hospitalité, soin, charité, compassion, service, font partie de ce yagna.

 

   SACRIFICE  DU  FEU  :  Bhagavad Gita  IV,  24

 

Brahma’arpanam

Brama havir

Brahma agnau

Brahmana utam

Brahmeva tena gantavyam

Brahma karma samadhina

Om shanti, shanti, shanti

Om sri gurubyo namaha

 

Traduction :

   Brahman est le rituel, Brahman est l’offrande, Brahman est celui qui fait l’offrande au feu, au feu qui est Brahman. Si dans chaque action un homme reconnaît Brahman, il sera vraiment absorbé en Brahman

Commentaire:

              Ce verset fait appel au rituel des Védas, le Yajna. Dans chaque Yajna, il y a quatre facteurs essentiels : a) la déité invoquée à laquelle l’oblation est offerte ; b) le feu dans lequel l’oblation est versée ; c) la matière dont est constituée l’offrande, et d) la personne qui pratique le Yajna. Il rappelle que tout est Brahman, Dieu.

            Il est récité par les moines hindous comme « grâces » avant le repas. Une métaphore assimile le feu à la faim. L’homme avisé doit consommer sa nourriture comme s’il pratiquait un yajna : la nourriture, celui qui la consomme, sa digestion sont tous des expressions de Brahman.

 


[1] Celui qui a renoncé au monde et entre dans la vie monastique. Il est vêtu en ocre.

[2] État  de sannyasin.

[3] Le nom que prend Vittalrao est aussi celui du grand saint indien, Samarth Ramdas, lequel  recommandait la récitation du Ram-Nam : « Sri Ram, Jai Ram, Jai jai Ram. »

[4] Le serviteur. Ramdas dira même : l’esclave.

 

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Extrait de Hanuman N°38, Printemps 2011.

 

  Maître et disciple

 

Ramdas avait conscience de l'importance du Maître ; le disciple voit en lui un grand frère, un père, une mère, un modèle du divin réalisé, un miroir dans lequel il se reconnaît. Il considère que l'obéissance doit être absolue, parce qu'il a parcouru et connaît le chemin. Papa a écrit des pages magnifiques à la gloire de celui qu'il considérait comme son Maître,, son père, qui lui avait donné le Ram-Nam et qu'il appelait Gurudev,  gourou divin. Il l'avait assuré que, s'il répétait continuellement ce mantra, -Ram lui accorderait le bonheur éternel.  Il le fit et connut « de rapides progrès dans la vie spirituelle », jusqu'à la Réalisation. Il a donc appliqué la consigne absolument.

            Mais il insiste sur l'expérience personnelle du disciple. Ainsi, il renvoie Ramcha-randas, quand il sent que celui-ci s'attache trop à lui. Il lui explique : « C'est uniquement par une vie indépendante qu'on peut apprendre les secrets de la vie et de la Vérité. Toujours s'accrocher à un appui extérieur dans les choses spirituelles entrave le progrès parce que la vision étroite manque alors de souplesse pour s'épanouir et s'universaliser. Le centre d'intérêt devient restreint et délocalisé, tandis que le but doit être d'embrasser et de réaliser la nature infinie de la Vérité. »

            Il utilise souvent l'image de la vache autour de laquelle voisinent des mouches et des veaux. Les mouches sont constamment sur elle, elles l'encombrent et lui sucent le sang.  Les veaux viennent prendre du lait puis gambadent dans le pré. Le disciple véritable, quand il a eu le contact essentiel de son gourou, le lait, part dans le monde, le pré, y faire sa propre expérience.

            La spiritualité, soulignait-il, doit conduire l'aspirant à la simplicité de l'enfance, mais non à l'infantilisme.

            L'exemple le plus frappant de cette indépendance d'esprit qu'il sut, lui, conserver, s'illustre par cet épisode où Gurudev vint le voir, lui apportant une noix de coco  et un pain très tendre au moment où il avait décidé de faire un jeûne de lait et de fruits. Malgré l'insistance et les larmes de son père, Ramdas tint bon et se contenta de boire le lait contenu dans la noix de coco. Un de ses amis, qui avait assisté à la scène, lui fit remarquer : « Vous dites qu'il est votre Gurudev et vous refusez de manger le pain qu'il vous offre avec tant de bonté ! Comment expliquez-vous la chose ?

     ~ C'est Lui, qui, à l'intérieur, me dit de ne pas manger et à l'extérieur m'invite à manger répondit Ramdas, mais Ramdas obéit toujours à la voix intérieure.

     ~ Et pourquoi, reprit l'ami, vous commanderait-Il à l'intérieur le contraire de ce qu'Il vous ordonne à l'extérieur ?

      ~ Là est justement son jeu merveilleux, répondit Ramdas

*     *     *

Il disait ailleurs, dans un texte que nous avons déjà cité :

        « Vous pouvez recevoir l’inspiration des saints et des sages, mais votre croissance intérieure devra rester en conformité avec votre propre nature. vous ne pouvez pas atteindre un épanouissement spirituel en essayant d’agir suivant les instructions d’un autre. Vous apprenez de la vie des saints et des sages qu’ils n’ont jamais vécu comme des plantes de serre. Ils ne se sont jamais développé dans des Ashrams ou dans des ermitages. Ils ont obtenu la plus haute réalisation par leur propre Sadhana, indépendamment d’une guidance ou d’une interférence extérieure. Donc, il est mieux de permettre à l’âme d’évoluer dans une atmosphère de liberté, non entravée par des sociétés, des institutions ou des organisations. Sur ce point Ramdas est très catégorique. C’est la vérité, et la vérité n’est pas toujours bonne à entendre. »

 

   LE  CONTACT  AVEC  LE  MAÎTRE

Ramesh Balsekar :

            Le premier contact avec le maître est pour le disciple un choc, une porte qui s'ouvre ; il sent qu'il est pris en mains, il peut enfin commencer un travail spirituel qui les mènera à la réalisation. Tel est le cas de la rencontre de Ramesch Baksekar avec Nisargadatta Maharaj. Mais voici l'histoire :

Maharaj : « Après tant d'années d'étude, avez-vous pu trouver votre identité véritable -- ce « vous » qui recherchent la grâce du gourou afin d'atteindre l'illumination ?

Ramesh : «Monsieur, je suis vraiment désolé, mais je dois dire que vous me troublez beaucoup. Tout ce que je puis répondre à votre question, c'est : Je ne sais pas.

Maharaj : « Ah ! Maintenant nous arrivons quelque part - « je ne sais pas ». Personne n'a jamais prononcé de parole aussi vraie que celle-ci. En fait, c'est là la seule vérité et tout le reste est faux.

Ramesh : « Monsieur, j'étais enclin à penser que vous vous moquiez de moi. Mais votre regard est votre visage indiquent que vous ne pourriez être plus sérieux.

Maharaj : « Maintenant, s'il vous plaît, essayez de comprendre. Vous avez beaucoup lu et vous devriez être à même de saisir mes paroles. Essayez, pendant un moment, d'oublier toutes les connaissances que vous avez accumulées, et prenez ce que je vous dis avec un esprit vide -- souvenez-vous, un esprit vide, vacant mais en éveil ; pas seulement vide et inerte.

            Quel que soit cet état au sein duquel nous ne savions rien, cela est notre état véritable, cela est la Réalité »

Wayne Liquorman

            Wayne Liquorman insiste sur ce qu'il appelle « la résonnance », l'affinité spontanée qui se trouve entre le disciple et le maître. « Je décris cette résonnance, dit-il, comme une connexion entre deux objets. Dans ce modèle, l'objet disciple est toujours un être humain. L'objet à l'autre extrémité de l'équation peut-être une personne ou un objet inanimé, telle une montagne. Il y a ce cas très fameux ou une montagne fut l'objet gourou d'un disciple nommé Ramana Maharshi. En l'occurrence, pour Ramana, voir, être à proximité, contempler cet objet-gourou Arunachala, lui apportait une expérience palpable du Gourou--de la Présence, de la Totalité, de Dieu--quel que soit le nom que vous souhaitiez lui donner. C'était pour lui du domaine de l'expérience intime. »

Pour Ramdas : « Le Gourou, Dieu, le Monde et vous sont Un. »

Question : Il existe un moment où la différence entre le témoin et ce qu’il voit disparaît... Dans ce cas, n’est-il pas vrai que toute chose devient le Guru ?

Ramdas : Aussi longtemps que la dualité existe, nous avons nos préférences et nos antipathies, nos succès et nos échecs, notre honneur et notre déshonneur, etc. Ces paires d’opposés nous semblent très réelles. Si nous transcendons cette notion et restons inaffectés par l’impact du bonheur et du malheur, et restons fixés sur l’harmonie intérieure, paisibles devant tout ce qui se présente, alors seulement nous atteignons la Vérité. Quand nous sommes dans la condition de passer d’une humeur de joie à une humeur de peine, comment pouvons nous dire qu’il y a une seule Vérité et aucune dualité ? Cet état d’Advaïta ou non-dualité est appelé dans la Bhagavad Gita Bramisthiti, état de celui qui est établi en Brahman, Conscience Cosmique.

            Alors vous ne voyez partout que le divin. Vous pouvez, par l’action de la Lila ou jeu du divin, maintenir un sens de séparation et assurer une individualité. Vous pouvez parler aux autres et les servir, avec le sentiment d’être un avec eux. Votre réalisation de l’unité n’est pas affectée par votre activité sur le plan de l’apparente dualité. En fait, pour vous, du moment que vous êtes identifié avec la vie et la conscience universelles, il n’y a ni division ni séparation. Ce ne doit pas être une simple acceptation intellectuelle ; ce qui est demandé c’est l’expérience effective. Alors le Guru et le disciple sont un ; le Guru, Dieu, le Monde et vous, tous êtes Un. »

            Pour Ramdas, cette unité entre le maître et le disciple est quelque chose de très fort, qui existe au-delà de la mort. Il l'a affirmé plusieurs fois ; et particulièrement dans cette discussion qu'il eut à sa descente d'avion, en arrivant à Genève lors de son tour du monde, en 1954. Un homme s'approcha de lui et, se prosternant, lui demanda d'être son disciple. Ramdas lui dit : « Je ne suis pas votre gourou, votre gourou est Ramakrishna ». L'homme répondit : « Mais Ramakrisna est mort ! » « Ramakrishna n'est pas mort, c'est vous qui êtes mort. »

Pour les bouddhistes :

               Les liens de maître et disciple sont éternels. Ceci est souligné dans un célèbre passage du Sutra du Lotus. Un commentaire à ce chapitre nous explique que :

               « La relation de maître et disciple est l’essence du bouddhisme. ... C’est ce qu’on appelle la non-dualité du maître et du disciple. A la lumière du bouddhisme, ceux qui suivent fidèlement la voie du maître et disciple tout au long de leur vie s’épanouiront, comme s’épanouira  la vie de leurs descendant à l’avenir.

             Si nous ne réalisons pas l’importance de la relation de maître et disciple, même si pendant un certain temps, tout allant bien dans notre vie, nous perdons de vue un jour ou l’autre notre but essentiel et finissons par nous laisser happer vers le bas, avoir compris cette relation produit une subtile différence dans notre attitude intérieure. Cette différence est parfois imperceptible, mais les conséquences sont énormes."

      PENSÉE

               Ramdas pense fermement que les divers credos, fois et religions sont des chemins qui mènent au même but. Tous les grands Enseignants du monde proviennent du même Dieu, la cause première, éternelle, de toute existence.,

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Extrait de Hanuman N°39, Été 2011.

 

                La gratitude

 

   LA  GRATITUDE

Deux textes de Papa Ramdas

            Ramdas a commencé son grand « pèlerinage » à travers l’Inde. Il est dans un trai

            Il raconte plus tard dans son livre In Quest of God  cette scène. (Il emploie pour lui-même la 3ème personne ):

               "Ramdas a en face de lui deux jeunes Indiens élevés à la manière anglaise. Tous deux examinent un moment l'étrange et bizarre sannyasin si totalement indifférent, qui est assis en face d'eux ; puis l'un dit à l'autre en anglais (pensant que le sannyasin ignore cette langue) :

  - Regarde bien ce sadhou qui est devant nous ; tu peux être sûr que c'est un mystificateur. Il a adopté ce genre d'existence uniquement pour gagner sa vie. C'est un menteur et un imposteur.

              Son ami approuve fort cette opinion et ils échangent encore d'autres paroles que Ramdas ne peut saisir à cause du bruit que fait le train...   Au lieu de se sentir vexé, Ramdas prie Ram de les bénir pour leur franchise ; puis, ne pouvant résister au désir d'exprimer sa gratitude à ces amis, il joint ses mains pour les saluer et leur dit :

  - Ô bons amis, Ramdas a la joie de vous avouer qu'il est tout à fait d'accord avec vous à son sujet. Il est bien trompeur en effet. Il porte la robe du sannyasin uniquement pour gagner sa vie. Mais il y a autre chose que vous trouverez en lui, c'est qu'il est fou de Ram et le supplie constamment de le rendre pur et de lui permettre de ne vivre que pour Lui. En outre, il a l'humble conviction que c'est Ram qui lui fait faire ce pèlerinage pour le purifier... »

            Changeant soudain d'opinion, les deux amis tombent aux pieds de Ramdas et implorent son pardon pour leurs "remarques irréfléchies" ; puis, pleins de prévenance, ils lui demandent s'il désire manger quelque chose... Et ils lui donnent de l'argent  pour acheter des fruits.

*   *   *

 En retraite dans une grotte des collines de Kadri, près de Mangalore, Ramdas, en extase, écrit des « Stances » [Heart pourings in the Cave] dans lesquelles, en contact avec Ram, il exprime sa gratitude envers le divin. En voici une :

             « Ô Ram, une aube point - une aurore brillante dans le coeur de Ramdas. Un flot de Lumière, un éclair d'Amour, une irruption de félicité. La pureté habite là où est Ram. Il entre, et tout le mal fuit. Le soleil se lève, toute obscurité se dissipe. Ô Ram, grande est Ta gloire. Le moment même où l'on fait appel à Toi, Tu écoutes et Tu exauces. Ô Mère, comme elle grande, Ta bonté. Comme il est beau, Ton amour, comme il est tendre, comme il est doux, comme il est plein de grâce, comme il est vrai, comme il est vivifiant, comme il est rafraîchissant, comme il est bon, comme il est durable. Ô Ram, il est à Toi, Ton esclave, il est à Toi, à Toi. A Toi ceci, Ton enfant, à jamais, à jamais, à jamais. Om, Om, Om, Sri Ram  ! »

Un texte de Jacqueline Kelen

La Gratitude

            Savoir remercier est plus qu’une politesse, c'est une allégresse. Avoir de la gratitude ne répond à aucune obligation mais témoigne simplement de la grâce de vivre.

             À s'attarder sur ce qui manque, sur ce qui ne va pas, on s'enfonce dans la morosité et on s'appesantit. Mais à accueillir ce qui est beau, ce qui fait du bien, on s'élève au-dessus de sa condition souffrante. Plotin l’a dit bien avant moi : « Jamais œil ne verra le Soleil s’il ne se donne auparavant une nature solaire, et jamais âme ne verra le Beau si elle ne se rend belle auparavant. »

            Dire merci est en soi un bienfait qui dilate le cœur et qui ouvre l'intelligence. La reconnaissance enrichit beaucoup plus celui qui la ressent que celui auquel elle s'adresse. Et pourtant, comme nous sommes avares de quelques mots, d'un geste ou d'un sourire de remerciement !

            Dans la vie de tous les jours, il est cent occasions de dire merci. Non pas seulement en raison d'un cadeau, d'un avantage matériel, mais : merci de votre appel téléphonique, merci de votre écoute ; merci du jour qui se lève et des nuages très roses du soir ; merci de respirer, de marcher, merci de ce livre que je découvre, de ce regard croisé dans la rue, d'un oiseau à ma fenêtre. Merci pour les mots et pour le silence. Pour les personnes que je connais et que j'aime, pour les « amis inconnus »…

            Seul le remerciement sanctifie le quotidien, à la façon dont un sourire magnifie le plus banal visage : en l’illuminant.

Pensées diverses :

Si la seule prière que vous aviez faite de toute votre vie était « Merci », cela suffirait.

                                                                                                                                                                      Maître  Eckhart.

Si c'est pour vous une idée nouvelle que la gratitude met l’esprit tout entier en étroite harmonie avec les énergies créatrices de l'Univers, réfléchissez-y  bien, et vous constaterez que c'est vrai !

Wallace Wattles

      UN AUTRE TEXTE DE RAMDAS (pris au hasard)

Tiré du livre : « Entretiens de Hadeyah », p.135

Q. -- Pourriez-vous nous parler du service ?

R. -- Il y a deux sortes de services : celui qui a pour but d'atteindre Dieu est celui qui a lieu après avoir atteint Dieu.

            Dans le premier cas vous vous faites le serviteur de Dieu pour votre purification et pour soulager des détresses. Vous pouvez avoir cette possibilité de servir dans votre propre maison, comme chez vos voisins lorsqu'ils ont besoin de votre aide. Vous devriez servir vos aînés avec tendresse. Accomplissant ce service par amour, vous ne pouvez attendre quoi que ce soit en retour. L'amour est sa propre récompense. Un vrai serviteur de Dieu ne saurait supporter de voir souffrir les autres. Son cœur va vers eux et il fait son possible pour les soulager. Le faible et le souffrant reçoivent son aide sympathique. Cela s'appelle nishkâma seva, service bénévole, purifiant le mental et illuminant le cœur. Votre sens de l'ego se dissout et vous devenez l'asile sacré du Seigneur

            Quand vous servez quelqu'un par amour, votre idée du « je » s'efface et vous vous sentez unis à celui que vous servez, libre de toute dualité, plein de paix et de joie. Un riche qui, dans cet esprit, sert un mendiant affamé, se place sur le plan de celui-ci par humilité et goût de la paix, sur le plan de l'unité spirituelle de toutes les existences. Ordinairement, c'est un sentiment de fausse supériorité qui le dresse sur un chimérique piédestal. Seul le service désintéressé l'aide à purifier son mental ; c'est la condition nécessaire pour découvrir Dieu.

            Dans le second cas, après avoir « réalisé » Dieu, votre vie s'écoule spontanément au service de l'humanité. Dans le premier cas subsistait l'idée : c'est moi qui agis ; on est dans l'esprit du serviteur de l'instrument. Dans le second cas, la notion d’ego a complètement disparu ; c’est l'énergie divine qui nous meut, et nous comprenons que ce n'est pas nous qui agissons, mais bien le Divin qui est en nous. Tout comme une fleur donne son parfum à quiconque l’approche ou la cueille, ainsi notre amour s'irradie pour tous et se manifeste comme service spontané.