Extrait de Hanuman N°28, Printemps-été 2008 .                               Et aussi :  Hanuman N° 29 
                                                                                                                           Hanuman N° 30

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La  Vérité ~ L'éveil et la réalité

     LA  VÉRITÉ

­ Les trois étapes de la vérité   (Ramdas Speaks, II, pages 1 à 3)

   Maintenant, si nous voulons nous libérer de notre attachement à l'irréel, c'est-à-dire à ce qui est impermanent, que devons-nous faire ?

   La première étape est Nishkama Karma, le service désintéressé. Il s'agit d'actes réalisés pour le soulagement de ceux qui souffrent, sans rien attendre en retour. Dès que nous voyons la souffrance, nous devons nous précipiter pour la soulager, pour autant que c'est en notre pouvoir. C'est le Nishkama Karma, par lequel notre mental se purifie.

   La seconde étape est le Japa. En faisant Japa nous avons conscience que nous sommes près de Dieu. C'est le moyen de sentir la présence de Dieu.

   La troisième étape est le contact d'un saint.

   Les deux premières pratiques vont purifier notre mental de telle façon que nous soyons prêts à recevoir l'influence d'un grand sage, de nous nourrir de ses enseignements et ainsi d'atteindre l'éveil. Ce processus consiste à écouter des directives qui nous sont données par un grand saint, de les comprendre et de les méditer dans notre mental constamment jusqu'à ce qu'elles soient fixées en lui. Ceci fait, le voile de l'ignorance entre nous et Dieu, qui nous fait penser que nous sommes différents de Lui, est détruit. À ce moment même, nous réalisons que nous sommes la Suprême Vérité qui réside dans les cœurs de tous les êtres et de toutes les créatures, et que Vérité et Dieu ne sont pas différents.

 

Tu es la Vérité  (Présence de Ram, pages 140 et 141)

   La paix et la liberté véritables sont choses de l'esprit. Tu ne peux jouir du bonheur de la véritable libération que lorsque tu demeures dans l'esprit et que tu as conscience de la gloire de ton existence immortelle. Cet état ne dépend pas des circonstances ou des situations extérieures. L'esprit éblouissant de ton être dégage sa splendeur immortelle partout et toujours. Pour qui a atteint cet état suprême, il n 'y a plus d'adversité, de chagrin et de doutes. Il est libéré des griffes de la peur et du doute, parce qu' il a réalisé qu' il est l'Esprit immortel et toujours bienheureux.

   La vie individuelle, qu'il considérait jusque-là comme séparée de l'univers, s'est fondue dans la conscience immuable qui pénètre l'immense manifestation de la nature et la transforme en infini. Le sens des dualités qui a pendant si longtemps limité sa vision a disparu. L'adorateur qui est illuminé par la connaissance de cette Vérité suprême s'exclame : « O Seigneur, précipite-moi dans le pire des enfers, et par le pouvoir d'une seule goutte de l'océan infini de joie que je possède, je le transformerai en paradis ! » Telle est la grandeur et la magnificence de l'état immortel de félicité qui est ta véritable nature. Ta vie est un flot continu qui chante la mélodie de l'éternité. Ta vie est le soleil qui darde toujours ses rayons éblouissants. Elle est l'expression même de la beauté et de la grâce, un véritable flot de joie qui inonde les univers. Cette vie couvre, enveloppe, imprègne et absorbe en elle-même l'univers visible et l'essence invisible immuable et non manifestée. Connaître et réaliser cette Vérité, c'est atteindre une joie et une liberté - extase et délice - qui sont simplement inexprimables.

   Tu es cette vie, mon ami, tu es cette Vérité, tu es Dieu dans tous Ses aspects, subtils ou grossiers, une Divinité pleinement épanouie. Ta nature est pure félicité, amour illimité, paix absolue. Ta véritable existence est cosmique ; tu es la grande Vérité, l'Un suprême et sans second. Pense, médite et vis dans cet état divin et proclame-toi comme la Vérité aux possibilités infinies et, avec une vision transformée en conséquence, contemple le monde comme toi-même, comme ton propre corps et ta propre image. Sache que posséder cette vision, c'est déjà faire du bien au monde, l'aimer et le servir, car elle ne veut rien d'autre que se remplir de la révélation de sa gloire, pour le plus grand bien de l'univers.

 

    ÉVEIL  ET  RÉALISATION

( Ici, il est bon de relire l’expérience de Réalisation de Papa Ramdas, telle qu’il la raconte dans « Carnet de Pèlerinage », et celle de Mataji dans son autobiographie « La grâce du Gourou »)

    Ce qu’est la Réalisation    (Ramdas Speaks I, page 110)

   C'est de voir Dieu à l'intérieur de vous et le voir partout autour de vous. Ramdas vous dit ce qu'est la réalisation de Dieu d'après sa propre expérience. Elle ne peut se manifester que si votre mental est absolument pur. Si vous êtes soumis aux désirs des sens, vous ne pouvez atteindre Dieu. La réalisation de Dieu n'est pas une plaisanterie. Vous devez vous élever au-dessus de l'idée du corps et savoir que vous êtes l’Esprit qui pénètre tout. Alors vous voyez Dieu partout. Vous savez que toutes les formes sont vos propres formes. Vous vous sentez un avec tous les êtres et toutes les créatures de la terre. Ceci est ce que l'on entend par la réalisation de Dieu. Dorénavant, vous êtes libres de la volupté de l'avarice et de la colère et votre vie se trouve immergée dans la vie universelle, vous êtes dans un état de paix et de joie éternelles. Vos yeux irradient la lumière divine et votre corps est un temple sacré de Dieu.

 Nous savons que c'est seulement en s'abandonnant à Dieu que nous pouvons le réaliser. Ce n'est pas directement par notre lutte que nous obtiendrons sa vision mais seulement par sa grâce. Notre lutte nous conduit à nous rendre compte que par la lutte nous ne pouvons pas l'atteindre. Ceci peut sembler bien étrange à beaucoup de gens qui pensent que sans  leurs efforts Dieu ne peut être réalisé. Mais ce n'est pas ainsi. Notre sadhana nous fait réaliser que par la sadhana seule nous ne pouvons l’atteindre. Quand finalement nous nous sentons impuissants, et que nous considérons Dieu comme notre sauveur, alors il vient nous aider. Notre lutte et notre effort peuvent cesser ; nous pouvons commencer l'élimination de notre sens de l'ego, et expérimenter la divine présence.

  Maintenant notre mental est calme et serein, tranquille comme s'il était au pied du seigneur, comme si nous nous étions donnés complètement à lui. Nous devenons lui dans chacun des aspects de nos êtres, corps, sens, et mental. Sa grâce est descendue en nous, nous sommes illuminés par la connaissance du divin.

Méditation et Réalisation   (Ramdas Speaks II, page 126)

     La méditation ne peut venir que si nous avons de la concentration. Quand le mental et volage et court dans différentes directions, la méditation n'est pas possible. Dans le mental il y a tant de vagues qui apparaissent et disparaissent ; nous devons faire en sorte qu'elle devienne une seule vague qui sera le symbole du Dieu intérieur et finalement cette vague aussi devra disparaître. Alors le mental devient absolument tranquille. Quand le mental est tranquille l'idée du corps est perdue ; vous réalisez que vous n'êtes pas ce corps, mais l’Atman omniprésent. Cet état est appelé Samadhi.

    Quand vous sortez du Samadhi vous voyez l'univers entier comme Dieu. Vous devez toujours rester en Samadhi. Le Samadhi constant est appelé Sahaja Samadhi, dans lequel vous êtes dans un état de super conscience divine, alors que vous parlez, marchez ou faites n'importe quoi d'autre. Maintenant il n'existe plus pour vous aucun concept tel que entrer en Samadhi ou sortir du Samadhi. C'est cela la Réalisation de Dieu.

     La méditation est donc nécessaire. Dans la méditation vous transcendez l'idée du corps. Le mental doit être en accord avec la Vérité infinie. Il ne doit y avoir pour vous que Dieu et rien d'autre que Dieu. Vous devez vous perdre vous-même en Dieu. Ainsi vous passez de la concentration à la méditation, de la méditation au Samadhi, et finalement au Sahaja Samadhi. Ce sont là les étapes par lesquelles vous atteignez la Réalisation divine.

*     *     *

    PENSÉE

        Déclarez avec toute la joie en votre pouvoir : Je suis la Vérité qui pénètre tout, indestructible, sans commencement ni fin, dont la nature est paix et bonheur parfaits. Je suis l'Existant par Lui-même, Réalité tout-puissante. Je suis l'Esprit libre, toujours jeune, sans naissance, éternel. Maladie, pauvreté, crainte et besoin n'ont à faire avec moi. Je suis bonheur - pur bonheur, paix - pure paix. Je suis la Lumière des lumières. Je suis la source primitive de toutes  choses. Je suis Dieu et il n'y a aucun  « moi ». Méditez ainsi jusqu'à ce que vous soyez enivré par la pensée de votre état Divin, jusqu'à ce que vous fusionniez avec l'océan sans limites de votre existence immortelle et vous perdiez en lui, faisant que cette vie humaine soit bénie,  abondamment bénie

 Swami Ramdas

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Extrait de Hanuman N°29, Automne 2008.                                   

   

        Prema

 

    PREMA,  ou  L’AMOUR  DIVIN

   En vérité, chaque mouvement de votre mental en pensée, chaque mouvement de notre langue en mots, chaque mouvement de nos membres en activité, c'est le jeu de Shakti[1]. Shakti n’est rien d'autre que l'amour de Dieu. Quand nous réalisons que tout mouvement est le mouvement de cet Amour suprême, nous vivons continuellement dans un état d'extase divine qui est simplement inexprimable. Alors, Prema nous remplit au plus profond, en d'autres termes, nous sommes imbibés d’Amour. La qualité de Prema est Ananda.[2]

  Le témoin de ce jeu de l'amour, c'est l'aspect statique de votre être, immuable, sans changement, pénétrant tout, dont la qualité est la paix ineffable. Sur cet écran inaffecté de paix éternelle, danse dans des formes changeantes l'amour infini, qui produit la douce musique enivrante de Ananda. Chaque particule de votre corps et l'univers entier frémissent de l'amour de Sri Ram. Ainsi, il n'y a rien d'autre que béatitude dans tout mouvement, changement et activité. Il n'y a rien d'autre que la paix dans la profondeur de toutes les formes, résultant du mouvement et du changement. La paix éternelle et la béatitude sont la seule Réalité.

                                                                                                       Ramdas. Glimpses of Divine Vision pp. 64-65

    L’Amour Divin est la plus haute réalisation. Toutes les pratiques spirituelles devraient trouver une fin dans cette douceur où tout est consommé. L'amour est le but ultime de la recherche. Veillez à vous absorber en Dieu qui est Amour, et ainsi à devenir Son Image. Que toutes nos émotions soient des émotions d'amour. La vie est sèche et insipide si elle n'est pas remplie d'amour. Soyez ivres d'amour ~ l'amour qui vous bénit de la vision de votre Bien-Aimé. Toutes les créatures sont des formes de votre Bien-Aimé. Grâce, Amour et Béatitude sont synonymes. Tous les trois sont un en votre Bien-Aimé et vous êtes Lui. Dansez de joie !

    L'amour au début perçoit les imperfections ; l'amour dans sa plénitude n'en voit aucune. Voir les imperfections revient à couper l'amour en petits morceaux, à massacrer l'amour. Ce faisant, nous vivons dans le mental. Nous devons aller au-delà du mental. Le mental doit disparaître.

  L'amour brise les barrières. Même la conscience corporelle est transcendée dans l'ivresse de l'amour. Que dire alors des distinctions humaines engendrées par l'appartenance à telle foi, telle race et telle institution ? L'amour est une grande force unificatrice. C'est un dissolvant de tout ce qui est différent et divers. Il crée l'unité.

    À vrai dire il ne s'agit pas d'avoir à aimer Dieu ; il nous faut savoir que Dieu, qui est Amour, trône dans notre cœur. Par notre soumission à cet Amour Divin au-dedans de nous, nous devenons l'incarnation de cet Amour. Par une remémoration et une méditation constantes, nous réalisons Sa présence en nous, et ainsi notre vie se trouve remplie de Sa lumière et de Son amour. Son Amour alors irradie à travers nous, et ainsi nous regardons avec amour, nous parlons avec amour, nous donnons avec amour, nous recevons avec amour, et nous agissons avec amour.

   L'amour de Dieu signifie l'amour de toutes les créatures, car Dieu est tout, et tout est en Dieu. Il est tout en tout. L'amour est conscience de l'unité, tout comme la haine est conscience de la diversité. Allez au-delà de toutes les limitations étroites. Élevez-vous, saisissez le monde dans une étreinte d'Amour. Votre lieu de résidence est l'univers tout entier, qui est votre corps même. Vivez-y en tant qu'Amour !

                                                                                                       Ramdas Ainsi parle Ramdas. pp 97-105

    LA   VIE  DANS  LE  MARIAGE

Il n'y a pas de différence entre la vie mondaine et la vie spirituelle.

    Nous ne trouverons point de différence entre les devoirs de la vie ordinaire et les pratiques spirituelles si nous appliquons notre mental à voir toutes choses comme Dieu. Dieu en toute chose et toute chose en Dieu,  avec comme résultat que toutes nos activités deviennent un hommage envers Dieu. Nous devons mener cette pratique sans discontinuer, et cela nous mènera et nous gardera au plus haut niveau de conscience.

                                                                                             Swami Satchidananda, Mundane to Spiritual, p.1

Renoncement

    Ce n'est pas par le simple renoncement extérieur que l'on atteint Dieu. Nombreux sont ceux qui ont renoncé extérieurement, sont partis dans la forêt, mais n'ont pas pour autant réalisé Dieu. Il n'est point du tout nécessaire de renoncer extérieurement à quoi que ce soit. La condition extérieure n'importe pas autant que l'état d'esprit intérieur. Si nous dédions notre vie au Seigneur, et si nous apprenons à vivre dans Sa lumière, peu importe le lieu où nous nous trouvons. Même au sein de notre famille, nous pouvons réaliser Dieu, car Dieu est partout, et non pas uniquement dans les forêts ou dans les grottes. Il est en nous, avec nous, et tout autour de nous. Pour Le chercher, nous n’avons besoin d'aller nulle part

                                                                                                           Ramdas. Ainsi parle Ramdas, p. 41-42

    PENSÉE

  Vous devez accomplir toutes les actions de la vie de manière à ce que vous puissiez être toujours conscients de votre identité avec l’entière création. Ne vous appuyez sur aucune règle, aussi élevée soit-elle, qui n’est que dogmatique, éthique et mentale. Elevez-vous au-dessus de tous les états de pensée limités ; atteignez la Réalité infinie et faites de cette grandeur impersonnelle l’unique modèle de votre vie.

[1]  Energie divine.

[2]  Béatitude divine

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Extrait de Hanuman N°30, Hiver 2008-2009                                                 

 

Honneur à Swami Satchidananda.

 

    Depuis notre dernier Hanuman qui parlait du départ de Swami Chinadananda, nous avons vu partir également son compagnon de route, Swami Satchidananda, directeur et chef spirituel d’Anandashram. Swami Satchidananda avait succédé à Mataji Krishnabaï à la tête de l’Ashram, elle-même ayant remplacé Papa Ramdas après son mahasamadhi. Les destins des deux Swamis disparus, frères d’ascèse dans leur jeunesse à Rishikesh, étaient liés à tel point que Swamiji nous a quitté 14 jours et une minute exactement après Swami Chidananda

  Le départ de celui qui eut en charge Anandashram matériellement et spirituellement, fut salué par d’importantes cérémonies. Nous donnons ci-dessous un résumé du mail que nous avons reçu de Swami  Muktananda, le neveu de Swami Sachidananda qui l’avait fait venir à l’Ashram il y a quelques années, et l’avait préparé à sa succession

*     *     *

 

    YATI  PUJA [1]  pour  SWAMI  SATCHIDANANDA

  Les cérémonies, ou yati puja,  du 16me  jour qui ont suivi le Mahasamadhi de Swami Satchidananda, le 27 octobre 2008-12-30

                            (résumé d’un mail reçu de Swami Muktananda)

  Les disciples ont commencé à arriver par flots à Anandashram 2 où 3 jours avant la puja, et tout l’Ashram était déjà chargé de ferveur spirituelle.

  Des pluies torrentielles étaient annoncées, des tempêtes étaient prévues du 25 au 29 octobre. Miracle de la foi ? Des dévots ont prié avec ferveur afin qu’il ne pleuve pas au moins le 27 octobre, depuis le soleil brille.

  Aux environs de 5 heures du matin, les cendres de Pujya Swamiji furent placées avec des cahiers remplis de Ram-Nam écrits, dans l’autel à côté des cendres sacrées de Papa  et Mataji, tandis que les chants du Ram-Nam  s’élevaient pour accompagner la cérémonie.

  Le programme principal démarra à 21 heures, avec des prières, puis avec le Ram-Nam et des bajhans chantés par une centaine de jeunes enfants des écoles alentour. Suivit un discours de bienvenue de Swami Muktanandaji.

  De nombreux Swamis étaient présents. Pour n’en citer que quelques-uns : Swami Padmanabhanandaji de la "Divine life Society" de Rishikesh, qui présidait.  Swami Sakranandaji Maharaj de la  Ramakrishna  mission, Swami Amritakripananda  Puri Maharaj de la Mata  Amritanandamayi mission …Ils ont évoqué  quelques épisodes touchants de leur vie avec Pujya Swami Satchinandaji.

  Swami Muktanandaji a rappelé cette expérience de Vinoba, disciple du Mahatma Gandhi, que nous reproduisons ici avec les mots même de Vinobaji : «  quand j’appris la mort de Bapu (Gandhiji), ma première réaction fut : maintenant il est devenu immortel. Le temps a renforcé cette conviction. Quand Bapu était dans le corps, cela prenait du temps d’aller le voir, maintenant ça ne prend plus de temps du tout ; tout ce que j’ai à faire,  c’est de fermer les yeux et je suis avec lui. Quand il était en vie, j’étais enseveli sous les tâches et ne venais plus parler avec lui que de temps en temps. Maintenant je lui parle tout le temps et je sens sa présence près de moi. Aussi longtemps qu’une grande âme habite dans le corps, son pouvoir est limité, mais quand il quitte le corps son pouvoir ne connaît pas de limites » Swami Muktanandaji dit que, de même, certains ont ressenti la présence de Pujya Swamiji plus proche que jamais bien que chacun sente le manque de sa présence physique, son sourire chaleureux, ses gestes aimants, ses mots de réconfort.

  De cette manière inimitable qui lui est propre, personnification de la simplicité et de l’innocence d’une âme d’enfant, Swami Padmanabhanandaji guida le programme de manière totalement informelle et délivra cependant un message profond au sujet du grand héritage qui nous est laissé à tous par Papa, Mataji et Swamiji. Il insista sur les mots de Swami Chidanandaji Maharaj : « en vous regardant, le monde devrait comprendre la divinité de votre Guru » Ceci semble peut-être le message le plus approprié pour tous les dévots d’Anandashram et également pour tous les chercheurs de vérité !

  Le programme entier fut consacré aux qualités divines de Pujya Swamiji dont ceux qui ont eu la grâce de sa présence furent témoins. Nul besoin de dire que chacun s’est fait gentiment rappeler qu’il ne suffisait pas de glorifier Pujya Swamiji, qui n’avait jamais demandé quelque glorification que ce soit, mais surtout d’essayer de développer ses nobles qualité et ainsi de suivre ses traces.

  En dehors de la Yati Puja  pendant laquelle 8o Mahatmas furent honorés par une Pada puja[2], il y eut une importante distribution de nourriture et de prasad à plus de 300 sadhus venus de tout le pays. Plus de 8000 dévots venus d’un peu partout  furent aussi nourris à cette occasion.

  Chaque aspect de la cérémonie se déroula merveilleusement, en douceur malgré un tel rassemblement, chacun chargé de shakti. En dépit d’une foule énorme, il n’y eut pas un seul heurt, seulement paix et joie et par-dessus tout, suivant la tradition d’Anandashram, ni formalités, ni rituels, ni critiques, ni personne pour donner ou recevoir des ordres. Il sembla que cet « événement » si on peut l’appeler ainsi, ait été scrupuleusement planifié depuis plusieurs jours, alors qu ‘en réalité, chacun fit simplement de son mieux, seul où à l’unisson,  comme la situation le demandait.

  Qu’est-ce qui aurait pu être un meilleur tribut offert à Pujya Swamiji, en tant qu’incarnation de l’amour, de la paix, du silence, de la joie, de la force, et de l’humilité ? Sûrement, Pujya Swamiji qui a du suivre cette cérémonie en tant qu’Esprit qui pénètre tout, a déversé ses bénédictions les meilleures sur chacun et sur  tous.

 

  VIE  DE  SWAMIJI : AU SERVICE  DE  PAPA  ET DE  L’ASHRAM

  Anantasivan ~ le nom patronymique de Swamiji ~ a vingt-huit ans lorsqu’il rejoint Papa en 1947 : il est un des dix disciples que Ramdas a initiés au sannyas.

  Des traits de son caractère vont le marquer dès son jeune âge et rester constants. Il est de tempérament calme, froid et cohérent ; il ne connaît pas la colère. Est-il pour cela tranquille intérieurement ? Non : une question le fait "bouger" et le taraude : "Quel est le but de la vie ?" Il ne voit autour de lui que vide de l'existence, chaque être humain étant mené dans des activités et des plaisirs égoïstes sans signification ; et il est saisi par une étrange inquiétude. Son esprit n'a aucune peur.

   En 1941, il va à la guerre, et il est envoyé un peu partout en Asie. Il apprend là les réactions de l'homme et prend conscience que celui-ci est responsable de son bonheur comme de sa misère

 En 1946, Anantasivan se rend à Anandashram. Et dans la fraîcheur d'un soir, le jeune homme rencontre Ramdas, assis dans le Bhajan Hall. Il écoute de toute son âme la musique dévotionnelle et tient ses yeux fixés sur Papa qui montre sur sa face une lumière de félicité. Il se réjouit d'avoir devant lui une image vivante de Dieu, il perd son cœur en Ramdas. Celui-ci se félicite de rencontrer « un jeune homme à l'amour aussi pur »

  Il demande à Papa de l'éloigner quelque temps dans la solitude pour y développer ses ressources intérieures. Ramdas l’envoie à Rishikesh, dans le Nord de l'Inde, près des sources du Gange. Il l’exhorte à adopter le sannyas ; c’est pour Anantavasian une surprise : il obéit, il prend la robe ocre, et le nom de Swami Satchidananda, suivant la suggestion de son Maître..

  Satchidananda vit des aumônes d'une annakshetra[3]. Il y rencontre Swami Chidananda et trois autres jeunes sannyasins du même âge que lui dont l'un, Swami Acharya Thirtha, a laissé une biographie dans laquelle il note au sujet de cette période :

  « Un jeune sannyasin, Satchidananda, vint habiter avec nous… En ces jours, j'avais l'habitude de passer une grande partie de la nuit à chanter des kirtans que j'improvisais. Cela rendait Satchidananda très heureux, et il m'encourageait à continuer cette pratique... La nature calme et sereine de Satchidananda, et son amour pour ses camarades me le rendit très cher. Il vivait comme un sage de grande impassibilité. Par exemple, quand notre dortoir était infesté de moustiques, il n'utilisait ni une moustiquaire ni même une simple couverture, et, bien que nous lui disions qu'il devait se protéger contre une possible atteinte de malaria, il n'accorda jamais d'importance à nos paroles... »

  Papa Ramdas a besoin d'un secrétaire. Malgré le désir ardent qu’il éprouve de vivre à Rishikesh, le jeune homme ne sent en lui-même aucun conflit quand Papa décide de le garder. Il passera toute sa vie à Anandashram. Très attentionné à seconder en toute chose son maître spirituel, il va recueillir en plusieurs livres ses paroles et ses gestes. Après Papa et Mataji, Satchidananda dirigera l'Ashram, après avoir donné son seva à Ramdas jusqu'en 1963, puis à Mataji jusqu'en 1989.

    PENSÉE

En fait, le service est l'élément essentiel d'une vie désintéressée et consacrée. L'esprit d'amour et de service écarte tout danger, fait face hardiment, endure le dur travail et la grande souffrance qu'il rencontre sur le chemin vers la réalisation. Épreuves et obstacles ne font que tremper la volonté pour atteindre le but.                                                                                                       Swami Ramdas


[1] puja célébrée lors d’un départ d’une personne qui a pris le sanyas. (renonçant)

[2] adoration des pieds d’un Guru ou d’un saint.

[3] Auberge réservée aux sadhus et aux pèlerins