Extrait de Hanuman N°19, Été 2005          Et aussi : Hanuman N°20
                                                                                                           Hanuman N°21

               L'Advaïta  -  Le Japa

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             PAROLES  DE  RAMDAS

 Au sujet de l’Advaïta :  Le Gourou, Dieu, le Monde et vous sont Un

   Question : Il existe un moment où la différence entre le témoin et ce qu’il voit disparaît.

   Ramdas :  L’expérience est effectivement de ce genre. Jusqu’à ce que nous l’ayons éprouvée, nous avons le sens de la séparation ; nous voyons la dualité. Nous ne pouvons imaginer que cet état existe. Nous devons avoir cette expérience décisive : notre unité avec Dieu. Cela se réalise quand nous avons transcendé l’idée que nous sommes le corps et en sublimant le sens de la dualité.

   Question :  Dans ce cas, n’est-il pas vrai que toute chose devient le Guru  et donc qu’il n’y a rien  à apprendre de personne en particulier ?

   Ramdas : Aussi longtemps que la dualité existe, nous avons nos préférences et nos antipathies, nos succès et nos échecs, notre honneur et notre déshonneur, etc. Ces paires d’opposés nous semblent très réelles. Si nous transcendons cette notion et restons inaffectés par l’impact du bonheur et du malheur, et restons fixés sur l’harmonie intérieure, paisibles devant tout ce qui se présente, alors seulement nous atteignons la Vérité. Quand nous sommes dans la condition de passer d’une humeur de joie à une humeur de peine, comment pouvons nous dire qu’il y a une seule Vérité et aucune dualité ? Cet état d’Advaïta ou non-dualité est appelé dans la Bhagavad Gita  Bramisthiti, état de celui qui est établi en Brahman, Conscience Cosmique.

   Alors vous ne voyez partout que le divin. Vous pouvez, par l’action de la Lila ou jeu du divin, maintenir un sens de séparation et assurer une individualité. Vous pouvez parler aux autres et les servir, avec le sentiment d’être un avec eux. Votre réalisation de l’unité n’est pas affectée par votre activité sur le plan de l’apparente dualité. En fait, pour vous, du moment que vous êtes identifié avec la vie et la conscience universelles, il n’y a ni division ni séparation. Ce ne doit pas être une simple acceptation intellectuelle ; ce qui est demandé c’est l’expérience effective. Alors le Guru et le disciple sont un ; le Guru, Dieu, le Monde et vous, tous êtes Un.

 Au sujet du Japa,  un conte de Ramdas : Le démon et la perche.

     Un homme voulait se rendre propice un démon afin de lui faire faire tout ce qu'il voulait. Dans ce but, il accomplit des pratiques sévères. Enfin le démon lui apparaît et promet de lui obéir, mais il pose cette condition :

   - Je réaliserai tous tes rêves, dit-il, mais si, à un moment, tu cesses de me donner du travail, je te dévorerai. Tu dois me tenir occupé vingt-quatre heures sur vingt quatre.

   L'homme accepte, et lui donne aussitôt l'ordre de bâtir un vaste palais. A son émerveillement, le palais est construit en quelques minutes. Puis de bâtir une route. Cela est fait tout aussi rapidement. La minute suivante, le démon se tient devant lui, pour lui demander un nouveau travail. Notre homme n'a même pas le temps de penser. Il lui ordonne alors de bâtir une ville immense. En quelques heures, une ville s'élève devant ses yeux ébahis.

   L'imprudent est effrayé devant cette force qu'il ne peut contrôler et dont il devient l’esclave. Que faire ? Bien vite, il se rend auprès d'un saint et lui demande conseil. Le sage lui dit :

 - Plante un bambou en terre solidement et demande au démon de monter et descendre sans s'arrêter.

   Il suit ce conseil. Bon gré mal gré, le démon doit s'exécuter : cela signifie pour lui un travail incessant sans le moindre mérite, sans le moindre repos. Finalement, lassé, il s'en va pour ne plus jamais revenir.

   Cette histoire est celle de la destruction du mental et par là même, du sens de l'ego. Le mantra est la perche de bambou ; l'ego, le démon qui vous tourmente en bâtissant des châteaux en Espagne. Demandez-lui d'aller et venir sans cesse sur la "perche" du mantra, il sera vite fatigué de cet exercice et partira de lui-même. Alors le mental se dissoudra et se révélera en vous la Pure Conscience. 

  AUTRES  TEXTES

   De Vivekananda : in « Les yogas pratiques »

   Ces mots-symboles (les mantras), qui sont venus de la perception spirituelle la plus profonde des sages,  expriment aussi fidèlement que possible les visions particulières qu’ils représentent de Dieu et de l’univers… Ces noms de symboles sacrés ont un pouvoir presque infini. Par la simple répétition de ces mots, nous pouvons obtenir tout ce que nous désirons, nous pouvons atteindre la perfection. Deux choses cependant sont nécessaires. « Le maître doit être merveilleux, et merveilleux aussi le disciple », dit la Katha Upanishad. Le mantra doit venir d’une personne qui l’a reçu par une succession régulière. De maître à disciple, le courant spirituel descend depuis les temps anciens et apporte son pouvoir. Celui qui transmet est appelé guru, et celui qui reçoit est appelé shishya, disciple… Par la simple répétition du mantra, viendra le plus haut stade de la bhakti. 

   De Ramakrishna :  in “L’enseignement de Ramakrishna

  Lorsqu’on arrive à croire en la puissance du saint Nom de Dieu, et qu’on se sent disposé à le répéter constamment, ni discernement, ni exercices de piété d’aucune sorte ne sont plus nécessaires. Tous les doutes sont apaisés, l’esprit devient pur. Dieu lui-même est réalisé par la puissance de son saint Nom.
 

  PENSÉES  DE  RAMDAS

   L'intellect a une confiance exagérée en lui-même et devient la cause de notre orgueil. Si nous nous inclinons en toute humilité devant le Divin, nous Le verrons et pourrons jouir du bonheur auquel nous avons droit en tant qu’êtres humains. Si nous prenons conscience du Divin en nous et voyons l'univers entier comme expression du Divin, notre vie sera bonheur absolu. Autrement, nous serons, pour ainsi dire, en cage et misérables

Quand nous nous asseyons dans le calme et chantons le Nom, lorsque notre esprit est enivré de Sa douceur, tout notre corps est envahi d’une extase indéfinissable dans laquelle le sentiment du moi et tous les désirs inférieurs disparaissent totalement. Nous sommes entièrement purifiés. Si nous répétons le Nom sans cesse, nous demeurerons dans cet état. Nous deviendrons l’image même de Dieu. 

 

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Extrait de Hanuman N°20, Autome 2005

 

Utilité de la souffrance

 

            PAROLES  DE  RAMDAS,        extrait de    Présence de Ram

 Sortez de cette vallée de larmes

   La souffrance est échue en partage à l’homme parce qu’il a volontairement oublié la suprême Vérité de son être. Il se laisse tellement entraîner dans les épisodes et les affaires de la vie qu’il néglige de tourner sa pensée vers la source éternelle de son existence. Il lutte pour trouver la pais et le contentement par des ajustements extérieurs en cherchant ce que la vie peut lui donner ; mais en aucun cas il ne trouve la paix  à laquelle il aspire. D’autre part, il se meut dans un cercle incessant de soucis et de chagrins. Ce cercle ne fait que s’agrandir ; en fait, il saute d’un brasier dans un autre, d’une ornière dans l’autre, d’un chagrin il passe à l’autre. Il tâtonne dans une obscurité qu’il a lui-même créée, trébuche à chaque marche, et reçoit de nombreuses meurtrissures.

  Il n’existe pour lui nul lieu de repos et de paix ;  c’est le résultat de sa fuite hors du centre bienheureux de son être, Dieu. Oubliez ce centre, et vous récolterez la misère. Tournez votre pensée vers le Seigneur et Maître de votre vie, et vous serez continuellement dans la joie ; vous posséderez la force, la sagesse le courage et la liberté.

   O homme, chasse le nuage de l’oubli. , qui te cacherait la vraie gloire de ta vie et s’emparerait de ton âme. Eveille-toi à la conscience de l’éternelle  Réalité qui demeure en toi et détruis le cause de ta misère. Laisse la grande Vérité révéler en toi sa splendeur. En vérité, tu es le temple de Dieu.

   La vie est courte. Chaque jour qui passe te rapproche de la fin, quand tu devras quitter le monde, abandonnant toute choses auxquelles tu te cramponnais comme si elles t’appartenaient. La vie qui est vécue dans la pensée de Dieu s’écoule dans la paix et la joie véritables. Vécue autrement, c’est une longue chaîne de calamités qui te traîne finalement dans le gouffre de la mort.

   Fais que ta vie soit comme une fleur offerte entièrement ~ pétales, parfum, tout ~ au jardinier qui l’a créée. La fleur trouve sa joie à s’offrir avec amour. Que notre vie soit une fleur déposée aux pieds de notre divin créateur. Seule la vie qui est vécue de cette façon est remplie d’une félicité, d’une paix et d’une joie réelles.

 Du bon usage de la souffrance

   L’adversité, l’infortune, avec les chagrins et les souffrances qui en résultent, sont le sort habituel des mortels. Certains hommes à la tournure d’esprit philosophique ont mis en doute l’utilité de la souffrance dans le monde ; non seulement ils ont nié la bonté de Dieu, mais ils ont rejeté Dieu des supputations humaines comme indigne de foi. Cependant les sages, qui ont poussé l’expérience jusqu’au bout et sondé profondément les mystères de la vie, proclament d’une voix assurée la valeur inestimable de l’adversité. Il est certain que s’il n’y avait pas de souffrance dans le monde il ne pourrait pas y avoir d’évolution de l’homme vers le but le plus élevé de la vie : la connaissance de l’immortalité. On ne peut avancer vers ces domaines spirituels et subtils de l’existence que par la voie de la douleur et de la souffrance. C’est seulement par la souffrance que l’âme comprend la base et le but véritables de l’existence. Le chagrin, la peine et la souffrance lui ouvrent les portes vers la compréhension de la valeur et du pouvoir suprêmes de la vie. La grandeur et la beauté les plus accomplies de la vie se révèlent lorsque celle-ci est contrainte de passer par le feu

 Des tribulations et du chagrin.

   Chaque nouvelle naissance présuppose une période d’angoisse. Chaque graine éclate dans la douleur, avant de manifester le charme du feuillage et des fruits qu’elle recelait. Le nouveau-né souriant ne se montre à nos yeux qu’après les souffrances supportées par sa mère. L’or étincelant coule du minerai sombre lorsqu’on le porte à la fusion. Le parfum de certaines feuilles et de certaines écorces ne s’exhale que lorsqu’on les écrase. Ainsi, la vie qui s’accompagne des plus pénibles expériences est celle qui manifeste sa plus haute gloire.

   La vie serait vraiment une chose banale et insipide si les chagrins et les douleurs lui étaient étrangers. Car la beauté, la paix et le pouvoir véritables sont conçus et formés dans une matrice de douleur. La douceur est plus appréciée lorsqu’elle vient après l’amertume.

   Ne dépréciez donc pas la valeur de la souffrance. Elle est un élément essentiel de à l’évolution de la vie. N’en ayez pas peur et n’essayez pas de la fuir. Et, prenant conscience de sa grande valeur et de sa nécessité pour la montée de l’âme vers son but, accueillez toutes les luttes et toutes les épreuves de la vie. Puisez-y un plus grand pouvoir de volonté, afin de faire de vos tribulations les escaliers de granit qui vous conduiront vers les sommets de la pais et de la béatitudes absolues. Pour l’âme qui a atteint la félicité et la pais, la peine et la souffrance ne sont plus. Sa vie entière et toutes ses expressions se transmuent en un flot continu d’ineffable extase. La peine et la souffrance connaissent alors leur triomphe suprême. Ceux qui ont atteint un tel niveau proclament que Dieu, le créateur des mondes, est toutes bonté et miséricorde. Ils ne critiquent pas l’état dans lequel se trouve le monde, car ils savent que les plus sombres instants de la vie précèdent l’aube d’une lumière éclatante, dans une pais et un bonheur sans fin.

   Glorifiez donc la souffrance et,  comprenant son sens véritable dans la vie, faites en un juste usage. Au lieu d’être découragé par elle, élevez-vous et t^chez d’atteindre les buts les plus nobles de la vie. Puissent vos sublimes virtualités se révéler en vous au contact purificateur de la souffrance. Qu’elle fasse fleurir votre âme pour qu’elle exhale le parfum de l’infini, et qu’elle rayonne de cette lumière, de cette paix et de cet amour qui participent de l’absolu. Bénis soient ceux qui souffrent ! 

  AUTRES  TEXTES

    Pensées de Ramakrishna ,  in : “L’enseignement de Ramakrishna"

    La maladie est le prix que l’âme paie pour l’occupation du corps, comme un locataire paie un loyer pour l’appartement qu’il habite.

   Les souffrances viennent de la chair. En prenant un corps humain, on ne peut éviter la souffrance, car le corps est composé des cinq éléments de la matière.

   Il faut chauffer le fer plusieurs fois et le marteler longtemps avant qu’il puisse devenir de l’acier trempé. Et alors seulement on peut le façonner comme on veut et en faire une épée tranchante. De même, un homme doit passer plusieurs fois par la fournaise des tribulations, il doit être frappé par les tribulations du monde avant de devenir humble et pur et capable d’entrer dans la présence de Dieu.

  PENSÉES  DE  RAMDAS

 
 
L'intellect a une confiance exagérée en lui-même et devient la cause de notre orgueil. Si nous nous inclinons en toute humilité devant le Divin, nous Le verrons et pourrons jouir du bonheur auquel nous avons droit en tant qu’êtres humains. Si nous prenons conscience du Divin en nous et voyons l'univers entier comme expression du Divin, notre vie sera bonheur absolu. Autrement, nous serons, pour ainsi dire, en cage et misérables

Quand nous nous asseyons dans le calme et chantons le Nom, lorsque notre esprit est enivré de Sa douceur, tout notre corps est envahi d’une extase indéfinissable dans laquelle le sentiment du moi et tous les désirs inférieurs disparaissent totalement. Nous sommes entièrement purifiés. Si nous répétons le Nom sans cesse, nous demeurerons dans cet état. Nous deviendrons l’image même de Dieu. 

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Extrait de Hanuman N° 21, Hiver 2005-2006.

La   joie

 

  PAROLES  DE  RAMDAS,          extrait de    Carnets de Pèlerinage

   Au départ de sa vie vagabonde, Ramdas , après un Darshan auprès du Maharshi, décide d’aller jeûner et réciter le Ram-Nam dans une grotte des  montagnes de Tiruvannamalai  :

   Au bout du vingtième jour, comme il sort de la grotte, ses yeux se remplissent d'une lumière étrange, et il voit le divin partout. Il Le voit dans les pierres, il Le voit dans les arbres, il Le voit dans les plantes et les rochers et il crie qu'il voit Ram partout. Comme un fou, il se précipite dans tous les sens, et il embrasse tout ce qu'il trouve, les pierres, les plantes, un homme qui passe. Il est saisi d'une véritable frénésie. Il sait que c'est la vision promise par Krishna lorsque celui-ci s'est présenté devant lui sous sa forme humaine.

  A partir du moment où Ramdas eut cette vision, une véritable source de béatitude s'est mise à couler en lui et l'a complètement inondé. Cette béatitude, cette joie, a continué jour et nuit jusqu'à maintenant. Il est immergé dans un véri­table océan de joie et de béatitude qui est tellement intense qu'aucune description ne peut le rendre... un océan de pureté pour lequel il n 'y a pas de parallèle. 

   Pendant plusieurs jours de retraite, logeant dans une caverne, Ramdas écrit les « litanies », expression d’une expérience mystique authentique et profonde. Dont voici un extrait : 

  Ô Ram, détruis en Ramdas les désirs. Écrase-les pour l'en délivrer. Conduis-le et donne-lui éternelle demeure en Toi. Ô folie de Ram, ô Amour, fais que la dureté, la colère, le désir quittent Ramdas entièrement. Pur, qu'il soit pur, son esprit, par Ta grâce. Ram, sauve-le, sauve-le.  

  Ô Ram, Ram, Ram partout : dedans, dehors, dans toutes les directions, au-dessus, au-dessous, dans l'air, les arbres, la terre, l'eau, le ciel, l'espace, en tout, en tout est Ram - en tout est l'Amour. Ô Ram, ô joie, ô Amour, ô Extase, ô Folie, ô Bonté ; ni repos, ni sommeil, ni nourriture, ni plaisir, mais seulement Ton Divin amour, Ta divine lumière.

   Ô joie, Ramdas demeure plongé dans le nectar de l'amour infini de Ram. Ô lumière, éblouis ! Ô éclairs, ô gloire de Ram, flamboyez, flamboyez ! Ô bonheur suprême, ô félicité. Ô Joie. Viens, ô Ram. Ramdas est perdu en Toi. Perdu, perdu, dans la joie, dans une félicité indescriptible, dans Ta splendeur, dans Ta lumière ; flamboie, flamboie, partout flamboie.
 

           LES SOURIRES  DE  RAMDAS

   Mais sa joie n’emplit pas seulement l’intérieur de son être, elle déborde, avec un humour enfantin et attachant. Laissons le raconter son entrevue avec Ma Ananda Mayi :

     Ramdas et Ma Ananda Mayi ont passé ensemble un moment très heureux. Elle a dit qu'Elle était la petite fille de Ramdas, et Ramdas a immédiatement contesté :

- Non, non, vous êtes la Mère, et Ramdas le petit enfant.

    Nous aurions pu disputer longtemps de ce point de vue si éminent, mais Ram a inspiré à Ramdas la réponse définitive :

 - Non, non, Ramdas peut Vous prouver qu'il est le petit enfant et Vous la Mère, car Vous avez toutes vos dents et, voyez, Ramdas, comme les bébés, n'en a pas une seule.

       Ramdas et Ma Ananda Mayi se sont beaucoup amusés.

 
 
Dans un livre de souvenirs  (« With my Master »),  écrit peu de temps avant son décès, le petit-fils de Ramdas, Swami Shudddananda, raconte les bons mots de son grand père , qu’il appelle lui aussi « Papa » 

« Que la volonté de Ram soit faite », dit soudainement le Bien-Aimé Papa, avec un large sourire.

-  A propos de quoi, Papa ? demandai-je.

- A propos de tout et de rien. Devrait-il y avoir une raison spécifique pour la volonté de Ram ? répliqua Papa.

- Il doit bien y avoir une raison pour laquelle vous dites ‘Que la volonté de Ram soit faite,’Papa ? persistai-je.

   J’avais noté que Papa introduisait fréquemment dans la conversation, sans raison apparente, cette phrase, qui constituait la Leçon N°1 de l’abécédaire de Papa ~ la volonté de Ram soit faite ~ et je me proposais toujours de lui demander quelle implication il lui donnait. Je sentais qu’une opportunité m’était enfin donnée. Puisque j’étais seul avec Papa, je pouvais en profiter et prendre quelque liberté avec le Maître.

  « Cela arrive par hasard, il n’y a pas de raison particulière, dit fermement Papa.  Ram le dit jour et nuit, que je sois assis, que je marche, que je parle ou que je me repose. Sa volonté seule importe. »

-  N’est-ce pas là une vieille histoire, Papa ? demandai-je.

- Oui, c’est ce que Ramdas dit à Ram, approuva Papa. Ramdas dit à son Compagnon : 'Y a-t-il quelqu’un qui dénie que Votre volonté soit faite ? C’est Votre volonté seule qui compte, O Seigneur, et celle d’aucun autre.'  Mais Ram n’est pas satisfait. Il demande à Ramdas de vous  rappeler à temps et à contre-temps ~ en fait, les 365 jours de l’année ~ ce qu’Il considère Lui-même comme le fait basique de toute la création ~ Que Sa volonté soit faite.

- Papa,  dis-je après un moment de silence,  est-ce que Ram est votre compagnon coutumier ? 

- Bien sûr qu’Il l’est, acquiesça Papa de tout cœur. Une fois il tira Ramdas de son sommeil juste pour lui dire dans un chuchotement :  'Dis donc, ma volonté est suprême !' Bien sûr, répondit Ramdas, Est-ce que Ramdas a jamais dénié ce fait ? Maintenant, laissez Ramdas se rendormir. Mais Ram expliquait : 'Je pensais juste qu’il vaudrait mieux que je m’assure une fois de plus que tout était clair sur ce point important.'

- Qu’avez-vous fait alors ?  demandai-je, tout prêt à éclater de rire. (La vision de Papa enseignant à Ram les bonnes manières était pour moi au-delà de toute conception.)

- Ramdas a pris le plus gros morceau de sucre candi et en a bourré la bouche de Ram avant qu’il puisse réaliser ce qui lui arrivait. Quand Ram fut occupé à mâcher son quignon de sucre candi, le réduisant en morceaux plus petits pour avaler le tout, Ramdas put se rendormir. Ramdas était sûr d’une chose, c’est que Ram aimait le sucre candi et qu’il n’ouvrirait pas la bouche de peur d’en perdre le moindre morceau. 

  Et Papa se joignit à moi dans un rire aux éclats, à la scène qu’il venait d’évoquer, de Ram comme un accro du sucre candi. 

 « Papa, est-ce pour cela que vous avez toujours du sucre candi dans cette petite bouteille, près de votre chaise ? » demandai-je.

- Évidemment,  répliqua Papa, comment ne l’as-tu deviné plus tôt ? Ramdas connaît la faiblesse de Ram pour le sucre candi. Et donc, chaque fois qu’Il ouvra Sa bouche quand Il ne devrait pas, Ramdas tranquillement ouvre la bouteille, en tire le plus gros morceau et l’enfonce dans la bouche de Ram. Cela Le laisse silencieux pour quelque temps !!

  Il faut lire aussi dans ces souvenirs comment Ramdas rit de son diabète. Il en fait un personnage picaresque, M. Diabetes, qui ne craint pas les médecins en général, et « ce type » en particulier qui vient le soigner. Avec «  tant d’amour pour Ramdas », corrige Papa !

 

  AUTRE  TEXTE :            L’enseignement de Vivekananda

   Vivekananda parle de la joie tiré des plaisirs passagers. Il la compare à la joie définitive, celle qui nous vient de la Réalisation divine.

  Chacun se fait du plaisir une idée différente. J'ai vu un homme qui n'est pas heureux s'il n'avale chaque jour une boulette d'opium; peut-être rêve-t-il d'un paradis où le sol est pavé d'opium. Ce monde-là serait pour moi un détestable paradis…

   Nos plaisirs changent continuellement ; si un jeune homme imagine le paradis, ce sera un paradis où il aura une femme très belle ; quand ce même homme sera vieux, il ne souhaitera plus la présence d'une épouse. Ce sont nos besoins qui forment notre paradis, et le paradis change lorsque changent nos besoins. Si nous avions un paradis comme en désirent ceux pour qui les jouissances des sens sont le but même de la vie, alors nous ne ferions pas de progrès. Ce serait le régime le plus terrible auquel nous pourrions condamner l'âme. Ne pouvons-nous pas arriver à autre chose ? Quelques larmes, quelques pas de danse, et puis mourir comme un chien ! Quelle malédiction vous jetez à l'humanité lorsque vous aspirez à ces choses-là ! C’est ce que vous faites lorsque vous versez des larmes pour les joies de ce monde, car vous ne savez pas ce qu'est la véritable joie.

   Ce sur quoi insiste la philosophie, ce n'est pas qu'il faut renoncer aux joies, c'est qu'il faut savoir ce qu'est la joie en réalité. Ainsi, le paradis des anciens Scandinaves est un terrible champ de bataille, où ils sont tous réunis devant Odin ; ils font une chasse au sanglier, puis partent en guerre et se taillent en pièces les uns les autres. Mais il se trouve, par quelque miracle, qu'au bout de quelques heures de cette bataille, toutes les blessures sont guéries, et les combattants entrent dans une grande salle où l'on fait rôtir le sanglier. II y a un grand festin, après quoi le sanglier reprend sa forme première, et on peut le chasser de nouveau le lendemain….

  Or, la philosophie prétend qu'il y a une joie qui est absolue et qui ne change jamais. Cette joie ne peut pas être les joies et les plaisirs que nous avons dans cette vie-ci, et pourtant le Védânta nous montre que chacune des choses joyeuses de cette vie n'est qu'une parcelle de cette joie réelle, parce que celle-ci est la seule joie qui soit.

  En réalité, à chaque instant, nous jouissons de la béatitude absolue, bien qu'elle soit masquée, mal comprise et grossièrement déformée. Partout où il y a quelque bonheur, quelque félicité, quelque joie, serait-ce même celle qu'éprouve le voleur â voler, c'est cette béatitude absolue qui apparaît, seulement elle est obscurcie, troublée pour ainsi dire par toutes sortes de conditions étrangères, et elle est mal interprétée. Pour le comprendre, il nous faut passer par la négation, afin d'arriver au côté positif. 

   Nous devons renoncer à l'ignorance, à tout ce qui est faux, et alors la vérité commencera à se révéler à nous. Lorsque nous aurons saisi la vérité, des choses auxquelles nous avions renoncé tout d'abord prendront de nouvelles formes, des apparences nouvelles, elles nous apparaîtront sous un nouveau jour, et elles seront déifiées.