VIE  DE  SWAMI  SATCHIDANANDA

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   Anantasivan a vingt-huit ans lorsqu'il rejoint Papa en 1947.

  Né dans le sud Malabar, d'une famille respectable de Melarkode, il perd sa mère à sept ans, et avec elle un appui irremplaçable. Le père confie ses enfants à une tante maternelle qui s'occupe d'eux avec amour et affection. Pourtant, le futur Swami est déraciné ; il vit à Nemmara, avec ses frères ainés et sa soeur cadette. On le met à la Government High School.

Swami Satchidananda

  Deux traits de son caractère vont le marquer dès son jeune âge et rester constants. Il est de tempérament calme, froid et cohérent ; il ne connaît pas la colère. Est-il pour cela tranquille intérieurement ? Non : une question le fait "bouger" et le taraude : "Quel est le but de la vie ?" Il ne voit autour de lui que vide de l'existence, chaque être humain étant mené dans des activités et des plaisirs égoïstes sans signification ; et il est saisi par une étrange inquiétude. Son esprit n'a aucune peur. Toujours conséquent, pour lui la réponse est : "pourquoi mener encore une vie sans propos, autant y mettre finaussitôt". Un week-end donc où il rentre chez sa tanteà Melarkode, il prend un poison. L'effet n'est pas celui attendu : il vomit et est pris de diarrhée. Il retourne donc en classe pour y poursuivre ses études, mais son éternel problème ne s'en trouve pas résolu pour autant.

Il termine ses études , est embauché dans une entreprise de travaux électriques en 1939 : il met tout son coeur dans son travail, si bien qu'il est considéré comme une personne de confiance. En 1941, il va à la guerre, et il est trimballé dans plusieurs places de l'Asie. Il apprend là les réactions de l'homme et prend conscience que celui-ci est responsable de son bonheur comme de sa misère. Lui, traumatisé par les tueries gratuites auxquelles il a assisté pendant la guerre.

En 1946, avec en tête toujours son obsédante question, il rend visite à son frère. Celui-ci suggère que ces pensées noires s'évanouiront s'il peut fixer son esprit sur Dieu ; et le jeune Anantasivan s'adonne à la prière, chante le puissant Gayatri Mantra et lit la Bhagavad Gita.

Côté gagne-pain, c'est la galère : il s'occupe dans des travaux divers, et particulièrement il aide un oncle, à Wynad, dans la gestion du domaine familial.

Appelé au chevet de sa soeur malade Lakshmi, à Hyderabad, il s'occupe, pendant six mois, à la soigner avec affection. C'est à ce moment-là que son esprit se replonge dans le désespoir, au vu de l'égoïsme des gens qui l'entourent et de la futilité de la vie qu'ils mènent. De nouveau il décide d'en finir en prenant du poison. Dès qu'il l'a bu, ses membres se paralysent, et il tombe inanimé sur le sol. Il sent venir le froid de la mort ; mais curieusement il ne meurt pas, et du coeur resté vif semble venir une lumière, prise de conscience qu'il n'est pas un corps, mais un être fait d'Esprit. Jamais plus désormais ne se présentera à lui l'idée de détruire ce corps qui ne lui a fait aucun mal.

En 1947, alors qu'il est dans sa famille à Melarkode, il échange de la correspondance avec un ancien camarade d'armée. Ce camarade lui conseille d'aller voir un mahatma, Swami Ramdas, qu'il ne connaît pas lui-même mais dont il a entendu parler. Anantasivan se rend à Anandashram. Et dans la fraîcheur d'un soir, le jeune homme rencontre Ramdas, assis dans le Bhajan Hall. Il écoute de toute son âme la musique dévotionnelle et tient ses yeux fixés sur Papa qui montre sur sa face une lumière de félicité. Il se réjouit d'avoir devant lui une image vivante de Dieu, il perd son coeur en Ramdas. Celui-ci se félicite de rencontrer un jeune homme à l'amour aussi pur.

Après le Bhajan, il y a un Satsang. Anantasivan boit les paroles de celui qui deviendra son Maître spirituel. Il se sent extrêmement heureux dans cette présence, avec une envie immédiate de devenir son serviteur.

Le lendemain, il est initié au Ram Nam. Il considérera plus tard que cette initiation est la plus grande bénédiction qu'il ait trouvé sur son chemin, le nectar qui pouvait plus qu'aucun autre assouvir sa faim spirituelle. Il demande à Papa de ne pas le rejeter dans les tourbillons du Samsara , mais de le prendre à côté de lui. Ramdas répond :

- Ramdas aimerait bien te garder ici, mais les conditions ne sont pas propices. Le moment venu, Ramdas t'appellera.

Il est évident que Papa veut encore laisser le jeune homme quelque temps aux prises avec ce Samsara qu'il redoute tant. Anantasivan quitte donc et son maître et l'Ashram, et revient à Wynad, chez son oncle, puis à Hyderabad chez sa soeur.

C'est d'Hyderabad qu'il écrit une lettre à Ramdas pour lui rappeler sa promesse. Celui-ci répond : "Viens tout de suite". Anantasivan passe à Melarkode et à Wyna, afin de dire adieu aux membres de sa famille. A Melarkode, il voit son vieux père. Celui-ci, plein de bonté, lui dit :

- Maintenant je sais que tu es en sécurité entre les mains de Swami Ramdas. Il veillera sur toi.

Anantasivan arrive à Ramnagar le 26 Janvier 1949. Il a 30 ans ; il est reçu par Papa et par Mataji, comme s'il venait dans sa famille ; il se sent traversé d'une paix inconnue. Tout naturellement, il commence à s'investir dans les activités de l'Ashram.

Il n'accompagne pas tout de suite Ramdas dans ses tours. Il se rend compte très vite que, malgré son enthousiasme, il ne sent pas encore le véritable esprit de seva : il ne sait pas comment il peut sacrifier sa vie, et la déposer en offrande aux pieds de son gourou. Convaincu que seul le travail fait avec ce sens de la consécration est de quelque valeur, il demande à Papa de l'éloigner quelque temps dans la solitude pour y développer ses ressources intérieures. Ramdas l'envoie à Rishikesh, dans le Nord de l'Inde, près des sources du Gange. Il l'exhorte à adopter le sannyas ; c'est pour Anantavasian une surprise : il obéit, il prend la robe ocre, et le nom de Swami Satchidananda, suivant la suggestion de son Maître..

A Rishikesh où il reste huit mois, il passe son temps à chanter le Ram Nam et à s'exercer jusqu'à l'extrême dans les pratiques spirituelles. Dans la beauté naturelle de ce pays de montagne et la compagnie des saints, son esprit est fasciné ; le Gange coule majestueusement sur un fond de silence et il reflète les hauteurs enneigées de l'Himalaya. La transparence de ses eaux froides nettoie les corps et les esprits, et les prépare aux austérités auxquels ils se livrent sur les rives du fleuve. L'air de Rishikesh a des vibrations spirituelles. La Méditation vient aussi naturellement que les feuilles sur les arbres. Là, il prend contact, pour une amitié qui durera toute la vie, avec Swami Chidananda, qui deviendra le successeur de Swami Sivananda à la tête d'un des plus célèbres ashram de l'Inde , celui de la Divine Life Society.

Satchidananda vit des aumônes d'une annakshetra. Il y rencontre trois autres jeunes sannyasins du même âge que lui dont l'un, Swami Acharya Thirtha, a laissé une biographie dans laquelle il note au sujet de cette période :

" Un jeune sannyasin, Satchidananda, vint habiter avec nous. En peu de temps Vishnudevananda, Sureshwarananda, Satchidananda et moi-même devînmes grands amis. En ces jours, j'avais l'habitude de passer une grande partie de la nuit à chanter des kirtans que j'improvisais. Cela rendait Satchidananda très heureux, et il m'encourageait à continuer cette pratique... La nature calme et sereine de Satchidananda, et son amour pour ses camarades me le rendit très cher. Il vivait comme un sage de grande impassibilité. Par exemple, quand notre dortoir était infesté de moustiques, il n'utilisait ni une moustiquaire ni même une simple couverture, et, bien que nous lui disions qu'il devait se protéger contre une possible atteinte de malaria, il n'accorda jamais d'importance à nos paroles... "

Ainsi le Swami endurcit son corps ; il met toute son énergie dans une sadhana inspirée et soutenue par la grâce de son gourou.

Une nuit de Janvier 1951, Satchidananda ne peut dormir. Les yeux ouverts, il passe son temps à chanter Ram Nam. Il sent près de lui la présence de Papa et de Mataji, et s'étonne de ressentir cette présence de façon aussi évidente. Quatre jours après, une lettre lui arrive d'Anandashram, écrite le jour même où il eut cette étrange expérience. Dans le texte de celle-ci, il peut lire de la main de Ramdas : " Mataji et Ramdas partent pour une tournée. Pour l'instant ils n'ont personne avec eux, excepté vous, si vous voulez venir vous joindre à nous ". Bien entendu, très touché, Satchidananda répond qu'il les rejoindra à Bangalore.

Cette tournée dure jusqu'au début du mois d'Avril 1952, et ils rejoignent l'Ashram ensemble. Dès son retour Satchidananda demande à rejoindre Rishikesh continuer sa sadhana. Ramdas est d'accord. Krishnabaï pense au contraire que la place du jeune homme est à l'Ashram. C'est Ram lui-même qui va trancher la question.

Papa Ramdas a besoin d'un secrétaire. Nagesh Rao, un disciple, lui propose son frère Srikant, qui revient du Golfe, et cherche une opportunité pour se rendre utile auprès de Ramdas. Affaire faite. Srikant Rao rejoint Ramnagar et Satchidananda, qui tenait le secrétariat de Ramdas jusqu'alors peut envisager de quitter l'Ashram. Or la veille de son départ, un télégramme arrive à l'attention de Srikant Rao : "Mère sérieusement malade. Viens immédiatement".

Srikant Rao parti, on a besoin de Satchidananda dans l'immédiat au poste de secrétaire. "Ne partez pas" dit Ramdas. Malgré le désir ardent qu'il éprouve, le jeune homme ne sent en lui-même aucun conflit quand Papa décide de le garder. Il est là, il y reste, il y passera toute sa vie. Très attentionné à seconder en toute chose son maître spirituel, il va recueillir en plusieurs livres ses paroles et ses gestes. Quand en 1954 on fonde, pour des raisons de gestion, Annandashram Trust, Ramdas décide lui-même qu'après lui et Mataji, Satchidananda dirigera l'Ashram. Ainsi fut fait.  Swami Satchidananda dirigea l'Ashram avec une patience, une tranquillité et une modestie parfaites jusqu'au 27 octobre 2008, où il quitta son corps âgé de 89 ans, après avoir donné sa seva à Ramdas jusqu'en 1963, puis à Mataji jusqu'en 1989.

[ voir Hanuman N° 30, à l'adresse : hanumans anciens 28_29_30 ]