MATAJI  KRISNABAÏ 

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   Krishnabaï est née en Inde en 1903, dans la jungle, près de Haliyal, ville située à l'est de Goa, où ses parents s'étaient réfugiés en forêt pour éviter l'épidémie de peste qui sévissait alors dans la ville. 

  Troisième fille d'une famille de sept enfants, elle vint au monde le jour de Malayala Amavasya (fête hindoue "de toutes les âmes", un peu notre Toussaint ) ; ce jour de naissance est en Inde de mauvaise augure. Aussi, suivant la coutume de l’époque, afin d’écarter tout danger, ses parents la donnent à une sannyasini itinérante, puis la lui rachètent pour deux roupies.

  Sa famille est brahmane et Saraswate, comme celle de Ramdas ;  son parler est le konkani. 

  Son père et sa mère sont des âmes sincères, simples et dévouées : lui est de tempérament libéral et aimable,  elle est chaleureuse et tendre comme un enfant. Et, ce qui ne gâte rien de ces prémices, c'est la présence d'un saint dans la famille, trois générations en arrière.

   Petite fille, elle est très sensible - elle aime les fleurs et les oiseaux - mais extrêmement volontaire, têtue parfois, et indépendante. Ainsi, entrée à l'école à sept ans, elle en sort à neuf ans après une rebuffade de son professeur. 

  Remarquablement active dès son tout jeune âge, elle aide les gens de sa maison et également les voisins ; ce sont des traits bien caractéristiques  de la femme que sera plus tard Krishnabaï.

  Quand elle a dix ans, son père meurt, laissant les sept enfants à la charge de sa femme. La famille s'installe dans la maison d'un oncle à Bhatkal. On marie Krishnabaï à treize ans avec K. Laxman Rao, un homme d’une noble nature. Il se montre plein de tendresse envers sa femme, si bien que pendant sept ans la vie de couple est pour Krishnabaï une bénédiction. Deux enfants naissent de cette union qui semble établie pour durer.

  Hélas, à vingt ans, c'est le drame. Elle désire aller voir ses parents, son mari n'est pas d'accord pour la laisser partir ; s'il accepte malgré tout, c'est à condition qu'elle rentre pour une date bien précise. Krishnabaï promet, et va séjourner chez les siens à Bhaktal. Or, le jour où elle doit rentrer, des amis de la famille se marient : on insiste pour qu’elle assiste à ce mariage. Elle reste. Et la nouvelle tombe : pendant la cérémonie, elle apprend que son mari est mort, après une très brève maladie. Cette brutale tragédie casse la vie de la jeune Krishnabaï, rieuse et amoureuse. Ce n'est pas tellement la mort qui l'affecte - elle a déjà à cet âge la conscience de la nature périssable du corps -  mais son absence au chevet de son mari, qui ne cessait de la demander dans ses derniers instants. Depuis lors, un remords et une douleur inconsolable ne la quittent pas.

  Elle s’installe avec ses deux enfants chez le plus jeune frère de son mari, le docteur Ramarao, qui travaille à l'hôpital de Belgaum. Elle a pour la vie un profond dégoût, elle ne souhaite que de voir la fin de ce cauchemar. Aucune consolation, pas même la dévotion, pas même le mantra qu'elle reçoit d'un saint, rien ne peut lui apporter la paix de l'esprit. 

 Son beau frère, et avec lui la famille de Krishnabaï, est transféré de Belgaum à Malsiras. Là, elle se rend auprès de Swami Siddharudha, au monastère d’Hubli, et elle y reste quatre mois. Elle y reçoit une initiation au Shiva-mantra, et s'engage dans la voie du service désintéressé. Elle change : elle désire désormais se libérer des aspirations de la vie mondaine, et se consacrer au service de tous ; elle est prise d’une indéfectible nostalgie de réaliser Dieu, de posséder la paix et la liberté absolue.

  Krishnabaï retourne chez son beau-frère transformée. Elle réduit au minimum sa nourriture et son sommeil,  et elle passe toute la journée en japa2. C'est à cette époque que le docteur est transféré à Sirsi, puis s'en va en Europe pour se perfectionner en chirurgie. Elle et ses enfants sont relogés dans une maison appartenant à son beau-père et située à Kasaragod.

  Quelques jours après son arrivée à Kasaragod, elle se rend à ce nouvel ashram situé au pied d'une colline, en dehors de la ville. Et c'est la flamme : elle ressent une paix et un calme qu'elle n'avait jamais connus jusqu'alors. En quelques paroles, le sadhou Ramdas lui apporte un débordement de joie intérieure. Pour la première fois depuis longtemps elle rit, elle rit pleinement. Quant à Ramdas, il sent qu'il a devant lui une âme divine, un bois sec qui n'attend que l'allumette pour flamber. « Une incarnation de lumière, de pureté et de grâce. Elle avait tant d'éclat dans sa grandeur qu'elle apparaissait comme une véritable déesse sur la terre ».

Il n’est guère possible de raconter en quelques lignes comment, par étapes, Krishnabaï fut amenée à renoncer complètement à la vie familiale, et à devenir auprès de Ramdas la Mère (Mataji) de l’Ashram qu’il avait fondé. Voyons comment, par la grâce de Papa, elle atteint comme lui le plus haut degré de l’expérience spirituelle.

L’ILLUMINATION

  Alors commence le travail spirituel de Ramdas sur Krishnabaï.

  Krishnabaï voit en Ramdas l'image de Dieu lui-même. Cette particularité de la dévotion indienne échappe à la mentalité occidentale. Elle a une véritable adoration personnelle pour Ramdas. Pour elle, le corps de Ramdas lui-même est sacré. Elle confectionne des guirlandes de tulsi, et elle les met au cou de son maître, ceci une douzaine de fois chaque jours. Plus : elle lui lave les pieds et boit l'eau du lavage (le Padatirtham

  Ramdas, lui, demande à Krishnabaï qu'elle se détache de la forme humaine, même si celle-ci est celle de son gourou ; de monter au-delà de "tous les noms et toutes les formes" et de passer au plan de l'Etre Universel, pénétrant tout, sans nom et sans forme, qui est situé dans tous les coeurs- "Je ne veux rien entendre de cet aspect de Dieu", répond-elle

  Et elle chante les vers de Tukaram à la gloire du Dieu personnel : "Je ne veux pas la réalisation de l'Atman. Je veux rester votre dévot, et que vous restiez mon Dieu".

  Mais Ramdas pense que le temps est venu pour elle de transcender cet aspect. Il soumet sa dévote à une discipline sévère. Il lui impose de ne plus lui parler, de ne plus le regarder, de ne plus le servir. Il lui demande aussi d'aller de nouveau habiter chez Rame, la fille de Ramdas,  et de ne plus venir à l'Ashram. Elle pleure. Elle crie. Son coeur est à l'agonie de ne plus pouvoir adorer Ramdas avec des guirlandes, des prosternations, d’être privée du Padatirtham. Le support de l'adoration personnelle coupé, peu à peu le mental de Krishnabaï se dirige vers l'intérieur. Sa vision s'élargit. 

  Elle commence à voir sur toutes les formes existant dans l’univers les formes divines de son Beloved Papa. Toutes ses pensées viennent de Papa, tout travail est un service rendu à Papa, et le Ram-Nam vit continuellement sur ses lèvres. Elle développe dès lors une grande aspiration à fusionner avec l'Eternel. Elle écrit, dans une longue lettre, qu'elle est prête à jeûner pour cela, à souffrir tout ce qui sera nécessaire. Ramdas répond en substance : « Venez à l'Ashram et restez-y ». 

  Etablie à l'ashram à côté de Ramdas, elle  ne cesse de demander la Réalisation ; elle ne veut pas de visions ou de pouvoirs spirituels spéciaux, elle ne veut pas devenir un sage ou un gourou, elle vise à fusionner en Lui et à servir l'humanité dans l’esprit d'unité. un état d'abandon parfait. Ramdas affirme : « Vous aurez la Réalisation ». 

  Elle attend avec confiance. Un jour enfin, il la fait s’asseoir sur un asan (tapis de yoga): elle doit rester là le plus souvent possible dans un état de méditation. Elle dort quand elle le veut. "Vous ne devez pas vous inquiéter des choses relatives à votre corps, lui enseigne-t-il. Tournez vous vers le soleil. Tournez le dos à l'obscurité. Si vous vous inquiétez au sujet de votre sommeil ou d’autres faiblesses, vous méditez sur l'obscurité, vous n'avez plus de temps pour vous occuper de la lumière". Par moments, elle fait une marche dans la véranda, sinon elle reste assise sur son tapis répétant Ram-Nam jusqu'à ce qu'elle tombe de fatigue. Pendant ce temps, Ramdas refuse qu'elle jeûne ou qu'elle pratique d’autres formes de mortification. Elle n'a pas à travailler longtemps sur elle pour perdre la conscience du corps, elle n'a pas à soutenir longtemps de lutte pour contrôler son mental. Elle peut rester des heures à méditer. Par cette pratique, l'énergie spinale  monte au sommet de la tête  et elle expérimente pendant quatre ou cinq heures l'immersion dans le Soi divin

  Ramdas écrit à un ami :"L'expérience de Samadhi qu'a reçu Mère Krishnabaï est celle décrite dans la Gita. Vraiment, elle est une fontaine infinie d'amour...

 HISTOIRE RACONTÉE PAR SWAMI RAMDAS.

  La vie de Matâji est un modèle du don de soi absolu. Elle avait une vision universelle, et son identification avec tous les êtres était totale : elle considérait toutes les créatures comme des expressions, des incarnations d'elle-même. Ses actes et se attitudes en témoignent au quotidien. Un homme très pauvre qui vivait près d'Anandashram. I1 ne pouvait plus nourrir sa nombreuse famille. Il se présenta à l'ashram et demanda à rencontrer Matâji. Il la supplia : " Mère, mes enfants et moi-même avons faim. Je suis sans emploi, je n'ai aucun moyen de gagner mon pain, et ma famille n'a que moi sur qui compter. Je vous en prie : sauvez-nous !"  Matâji réfléchit et dit : "Si je vous donnais une vache à lait avec son veau ? Vous pourriez vendre son lait et ainsi entretenir votre famille. Qu'en dites-vous ?"

- Bien sûr, je vous remercie, cela me convient très bien... Mais le terrain sur lequel est construit ma maison ne m'appartient pas, et il n'y a aucun bâtiment pour recevoir la vache et son petit. 

  Matâji suggéra : "Le problème peut-être résolu facilement. Je vous ferai construire par les hommes de l'ashram un abri qui permettra de les loger convenablement"

.- Oh, très bien, dit le pauvre homme, mais je n'ai pas les moyens d'acheter du fourrage.

 - On peut arranger cela, répondit Matâji. Nous avons du foin et de la paille ici, je vous en ferai porter quelques bottes.

  En une semaine, une petite étable fut construite ; la vache et son petit, la paille et le foin furent envoyés chez le pauvre homme. Et tout alla bien pendant quelques jours. Alors, l'homme revint voir Matâji et dit en grognant : " Mère, la vache nous produit bien du lait, mais j'ai du mal à le vendre. Tantôt il n'y a pas d'acheteurs, tantôt ils m'en offrent un prix très bas. Si bien que même avec la vache, je ne peux pas nourrir ma famille."

 - Pourquoi vous chagriner ? répondit Matâji en souriant. Il y a une solution toute simple : nous vous achèterons le lait. L'ashram a besoin d'une grande quantité de lait chaque jour. Donc, à partir de demain, apportez tout le lait que vous donnera votre vache. Nous vous le paierons un bon prix.

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