BIOGRAPHIE 

DE 

PAPA  RAMDAS

*    *    *

Les textes de cette biographie sont extraits du livre
de Marc AVÉROUS :

"RAMDAS, un maître spirituel de l'Inde d'aujourd'hui",
ded

de

 

 

Les Saraswats, communauté de naissance de Ramdas

 Le nom de naissance de Swami Ramdas est Vittal. Son nom de famille Trikanad.

 Il est né à Hosdrug, ville du Kérala, un état de l'Inde du sud. Il appartient à une famille brahmane de la communauté des Saraswats.

 Hautement cultivés, les Saraswats tiennent le premier rang en Inde pour l'éducation de leurs enfants. Adaptables à tous les environnements, ils ont des vues avancées sur les réformes sociales.

Vers la fin des années 1860, deux familles Saraswates s'installent à Hosdrug : les Trikannad et les Padukone, familles grand paternelle et grand maternelle de Vittal. Elles vivent en harmonie depuis longtemps ; déjà un mariage les a réunies.

Famille grand-paternelle

  Shamarao Padukone se marie avec Lalithabaï, la troisième fille de la famille Trikannad. Balakrishnarao, fils aîné de Shamarao est le père de Vittal

Bakakrishnarao

 Vittal naît à Hosdrug le 10 Avril 1884. jour de pleine lune. Vittal naît à midi. Que de lumière ! Sous les tropiques, en Avril, le soleil est au meilleur de sa force !

 Ce jour là, c'est la fête dite " Hanuman Jayanti ", qui célèbre la naissance de Hanuman. Or Hanuman est, d'après la tradition, un homme-singe , le meilleur et le plus fidèle serviteur du Roi Ramachandra ; autrement dit Rama, ou Ram . Troublante coïncidence pour la naissance de Vittal, qui deviendra "Ramdas", ce qui veut dire serviteur ("das") ou même esclave de Ram.

   Jeunesse

 Le jeune Vittal est à la fois un cheval fougueux et une âme intérieure, de celles qu'on ne saurait contraindre à entrer dans un moule. Aussi, bouillant de nature et sans-souci de disposition, il s'absente souvent de l'école. Il a soif de liberté, et supporte difficilement les contraintes en lesquelles l'école et la famille le veulent contenir.

Un trait de son caractère, qui se dessine dès l'enfance, c'est qu'il n'a pas la moindre ambition pour quelque position mondaine, bénéfice ou récompense. Alors qu'en classe beaucoup d'enfants attendent des résultats aux examens ou des applaudissements de leurs camarades ; alors qu'à la maison ils se sentent flattés par un mot de louange de leurs aînés pour souligner leur succès, leur intelligence ou leur sagesse, de tels désirs sont totalement absents de Vittal.

Malgré son travail sans conviction, Vittal ne redouble jamais une année scolaire Après la troisième classe, dernier niveau de l'école primaire anglaise, il est envoyé à Mangalore pour suivre des études secondaires à la Mission High School, école dirigée par des missionnaires chrétiens allemands

Etudes à Mangalore et Udipi.

 Par plusieurs de ses professeurs, il est considéré comme une personne qui se trouve là pour occuper une place sur un banc. C'est pourtant à partir de cette époque qu'il va ressentir une soif interne de connaissances générales et qu'il devient, pour son âge, un jeune homme très à la page sur bien des sujets. Car, bien qu'il se refuse à se bourrer le crâne de matières scolaires, il est un lecteur vorace de tous les livres d'intérêt général sur lesquels il peut mettre la main. 

 Son intelligence est d'un haut niveau. Il fait immédiatement sien ce qu'il lit. Alors qu'un garçon moyen traîne sur les leçons, il n'a jamais à le faire. Il est étranger à ce qu'en langage scolaire on appelle "bachotage".

Comme on peut s'y attendre, Vittal traîne dans ses études. On annonce l'examen de sélection pour l'entrée à l'université. Il le passe, et bien sûr le résultat est négatif ; mais cet échec a peu d'effet sur Vittal qui n'en est pas perturbé.

L'influence majeure que Vittal reçoit pendant son année d'études à Mangalore est un contact avec la Bible. La définition chrétienne :"Dieu est amour" enchante Vittal, qui apprend indirectement le pouvoir de la bhakti des Hindous, et la profondeur des enseignements du Christ et du Bouddha. Le grand idéal de l'amour divin enflamme le coeur de Vittal ; il va influencer sa vie.

L'année d'après, Vittal change d'école : il est envoyé à la Christian High School de Udipi.

A Udipi ses études ne sont pas meilleures.

Il réussit pourtant à être sélectionné pour passer son examen. Il se rend à Kasaragod chez un oncle généreux, dans le but de préparer cet examen. Or l'oncle avait une importante bibliothèque remplie de livres religieux, en particulier ceux de la Société Théosophique. Voilà Vittal lisant Madame Blavatsky, puis Annie Besan, ce qui lui donne des connaissances nouvelles et pleines d'intérêt sur les mystères des religions, spécialement l'Hindouisme, mais ne le prépare en rien à son examen. Et, comme il a entendu parler des deux grands saints Sri Ramakrishna Paramahamsa et Swami Vivekananda, il se documente sur ceux-ci.

Ce qui fait qu'au total il est recalé à son examen et revient chez lui à Hosdrug.

Essais dans l'art.

A cette époque Vittal a 15 ou 16 ans

 Ses parents décident que leur fils n'étant pas fait pour les études, et ils l'inscrivent à l'Ecole des Beaux-Arts de Madras Là, le travail  lui convient tout-à-fait. C'est avec une belle ardeur qu'en six mois il rattrape un niveau qui demanderait deux ans d'ordinaire. Hélas, il se rend vite compte que la durée de ces études est très longue - 7 ans - et qu'elles ne le conduisent vers aucun débouché.

Au Jubilee Technical Institute de Bombay

Une autre opportunité s'offre alors à lui. Dhareshwar Sadavhivarao, un Saraswast de Madras offre en mémoire de son père la scolarité pour deux étudiants au Victoria Jubilee Technical Institute (V.J.T.) de Bombay. Vittal est sélectionné, et il est d'accord pour saisir cette chance. Ces études feront de lui un technicien supérieur en textiles.

VVitalrao étudiant

Le jeune homme continue à considérer les études comme ennuyeuses et contraignantes et donc à les aborder du même biais qu'il avait toujours adopté ; il passe le plus clair de son temps à lire les livres qu'il trouve dans les bibliothèques de la ville, "n'importe lequel et de n'importe quelle sorte, sur n'importe quel sujet que l'on puisse concevoir".

C'est à ce moment là qu'il tomba sur des livres publiés par l'Association Américaine de Presse des Rationalistes , et lit les oeuvres de Ernst Haeckel ("The Riddle of the Universe"), Grant Allen ("The Evolution of the Idea of God") et autres. Ces textes mettent son esprit en feu, et la foi, initiée par une famille traditionnelle, puis longuement nourrie par son aspiration naturelle, disparaît, balayée d'un coup. Dès lors il désire adhérer l'Association Rationaliste, afin de pouvoir en lire les dernières publications et être ainsi à jour des idées, scientifiques, qu'elle enseigne. Il sollicite une adhésion. Jamais il ne reçoit de réponse !

  Alors, il tombe sur les oeuvres de Swami Rama Tirtha et de Swami Vivekananda Paramahamsa. Le terrible renoncement, et le pouvoir spirituel jupitérien de Vivekananda, qui lui permet de porter à bout de bras le message du Védanta au delà des mers loin du pays où les anciens Rishis l'avaient semé, tout cela rend de nouveau le coeur de Vittal fertile. Cette foi morte se met à repartir et croître, et si rapidement qu'elle passe en peu de temps de la totale négation à l'affirmation de l'existence de Dieu. A partir de ce moment, la foi devient partie de lui même, à la racine, et indestructible.

Il se trouve sans aucune attirance désormais pour une religion de rites et de cérémonies. L'idée de cultes et de dogmes lui est inadmissible, car il voit maintenant Dieu comme le père de tous les membres de la races humaine, principe universel, source de tout ce qui existe. Et son coeur se prosterne devant un tel Dieu. Son idéal : établir les fondements sûrs pour une vie et une action parfaitement morales.

Il se met au travail, passant nuit et jour sur ses livres, et c'est finalement le succès : à la fin de trois ans passés au V. J. T. Institute, il reçoit son diplôme de technicien supérieur en industrie textile.

A Gulbarga. Le mariage

 Il commence à Gulbarga le travail dans son nouvel emploi. Pendant quelque temps la vie s'écoule tranquillement, mais Vittal se rend compte bientôt qu'il n'a pas la vocation du travail en usine. Il agit comme un automate, assurant son rôle parce qu'il est mis là pour l'assurer. Au bout de trois ou quatre mois, Vittal reçoit un télégramme de son père l'informant de nouveaud'une proposition de mariage. L'alliance est décidée par les parents : sa mère, malade et alitée maintenant pour plusieurs années, s'est engagée à la place de son fils. Même la date est fixée, compte tenu d'un consentement présumé. Vittal, désarçonné, hésite un moment ; mais refuser quand les parents se sont avancés aussi loin, est en Inde, à cette époque, les mettre en discrédit.. Finalement il cède, et télégraphie son consentement.

On devine la joie qui habitait le coeur du jeune marié !


klklVVitalrao, Rukmabaï portant leur fille Ramabaï, 
et la soeur de Rukmabaï 

  Rukmabaï est une femme cultivée, avec un penchant fortement religieux. On peut dire qu'elle est pour lui "une partenaire digne et dévouée" comme le notent ses biographes indiens. Il n'y aurait guère de problème s'il y avait communion d'âmes dans ce mariage arrangé

Elle lui donnera une fille, Ramabaï, pour laquelle il aura une grande affection, jusqu'à ce que l'amour particulier devienne Amour Universel, partagé également entre tous les êtres.

L'histoire de la vie professionnelle de Vittal est extrêmement mouvementée. Il sembla que Dame Fortune se soit plue à lui jouer de ses tours les plus vils. En donner le détail serait fastidieux. Disons que le rôle de cadre de l'industrie textile en Inde du XIXème sciècle mit le futur Ramdas dans des situations où il apprit à affronter difficultés familiales, financières, sociales, déménagements multiples et faire face à des menaces de mort même. Il y fit montre d'un caractère intrépide.

 Mais il n'a pas d'autre choix que de quitter un travail ingrat où il ne trouve ni considération ni ressource.

Vittal s'établit

Il se rend alors à Hosdrug chez ses parents. Mais au bout de deux mois il n'a rien trouvé ; le fait d'être obligé périodiquement de se remettre en quête de travail finit par l'emplir de dégoût.

 Après une aide de son beau père qu'il finit par décliner pour des raisons d'éthique, il décide de démarrer pour lui-même, sur une petite échelle, un travail de teinture et d'impression de saris . Il équipe pour cela un atelier dans lequel il peut conduire ses premières expériences.

Le travail  prend rapidement de l'envergure, et il devient vite nécessaire de repenser à un projet d'atelier plus large, ainsi qu'à une boutique en ville afin de recevoir les commandes et de négocier les affaires. Il loue une grande maison  pour servir à la fois de résidence et d'atelier, ouvre un magasin et l'affaire prend le nom de "Sri Sitaram Vittal Company".

Vittal est trop généreux pour devenir un parfait capitaliste. Les salaires qu'il donne aux ouvriers sont plus élevés que ceux qui sont accordés partout ailleurs pour un travail similaire. Les augmentations sont fréquentes et sont déterminées sans égard à la condition financière de l'entreprise. Les comptes virent peu à peu au rouge, la compagnie marche  vers le désastre.

  Lentement et imperceptiblement les circonstances extérieures font s'approfondir les tendances religieuses de Vittal. En même temps son désintérêt pour le gain prend davantage de force et d'élan. Les événements se précipitent pour Vittal. Même s'il a trouvé un associé plein de bienveillance, et que dans l'immédiat son ménage ne manque de rien, son esprit, de jour en jour, s'oriente rapidement vers le divin. Il conserve le Nom de Dieu continuellement en action sur la langue, il se prive du repas du soir, et se prive des conforts domestiques. Sa sadhana devient cause de reproches de la part de la famille. Il occupe une grande partie de ses nuits à répéter le Nom divin, et Rukmabaï s'épouvante par l'étrange tournure que prend désormais la vie de son mari. Aucune persuasion, aucun appel, aucune protestation, soit d'elle soit de sa fille ne peuvent induire quelque changement à la ligne de conduite qu'il s'est fixée. Car il sent très fort qu'il se situe sur un chemin commandé par ce Grand Pouvoir, et qu'il n'a que le choix de travailler à Le réaliser.

La dévotion de Ramdas envers Ram progresse par bonds. Chaque fois qu'il se trouve libre de ses devoirs, même pour peu de temps, il a pris l'habitude de méditer sur Ram ou d'en prononcer le Nom. Il marche dans la rue en répétant : "Ram, Ram". Il perd peu à peu toute attirance vers les choses du monde. Les raffinements de toilette ou d'habillement sont remplacés par du vulgaire khaddar, le lit par une simple paillasse, et la nourriture, réduite d'abord à deux repas par jour, se limite à un seul repas, bientôt composé uniquement de bananes et de pommes de terres bouillies. Les épices et le sel sont totalement évités. Alors la méditation de Ram prend rapidement une place majeure, elle empiéte grandement sur les heures de la journée et même sur les prétendus devoirs mondains.

Le 

Le Ram-Nam écrit en sanscrit

 

C'est à cette époque qu'un jour, le père de Ramdas s'approcha de lui et le prenant à part lui transmet l'Upadesh du Ram-Mantra : Sri Ram, Jai Ram, Jai Jai Ram, l'assurant que s'il répétait ce mantra tout le temps, Ram lui donnerait un bonheur éternel. Cette initiation de son père - qu'il considérera désormais comme son Gourou, précipite le progrès spirituel de Ramdas.

Il sait que sa vie est devenue un jeu entre les mains du Tout Puissant : elle se moule désormais uniquement suivant sa volonté. Il sait parfaitement que l'heure à laquelle il va laisser tout ce qu'il appelle "sien" pour plonger dans l'Infini ne tardera plus, bien que n'en soient encore fixées ni l'heure ni les conditions. Vittal est prêt, il est impatient de vivre cette grande aventure. Il sait que, souffrance et mortification pour le corps, elle sera, suivant le langage des mystiques, une lutte destinée à "prendre d'assaut la Cité de Dieu et gagner la liberté éternelle."

Le Passage du Rubicon

Vittal a 38 ans en cet hiver 1922. Et tout se déclenche.

Il décrit le détail de ces moments-là :

" Une nuit alors que Vittal savoure la douceur de réciter le Nom Divin, Ram lui suggère cette prière : Ô Ram, quand ton esclave te voit à la fois si puissant et si tendre, quand il sait que celui qui se confie à toi obtient sûrement une paix et un bonheur véritables, pourquoi ne s'abandonnerait-il pas complètement dans ta miséricorde, en renonçant à tout ce qu'il appelle "mien" ? Tu es absolument tout pour ton esclave. Tu es le seul protecteur dans le monde. Les hommes s'égarent quand ils disent : " Je fais ceci, je fais cela, ceci est mien, cela m'appartient". Tout, ô Ram, est tien, et toutes choses sont faites par toi seul. La seule prière que ton esclave t'adresse est que tu le prennes sous ta complète direction et que tu ôtes de lui le sens du "moi".

Cette prière est entendue. Le coeur de Vittal pousse un lourd soupir, et un vague désir s'empare de lui de renoncer à tout et d'errer en quête de Ram, dans la tenue d'un mendiant."

Alors Ram le pousse à ouvrir au hasard le livre Lumière de l'Asie qui se trouve à ce moment là devant lui. Ses yeux se fixent sur la page où est décrit le grand renoncement du Bouddha, qui dit :

" Maintenant l'heure est venue où je dois quitter cette prison d'or où mon coeur vit encagé. Pour trouver la vérité, dorénavant je la chercherai pour l'amour des hommes, et je la trouverai."

De la même façon il ouvre le Nouveau Testament, et il est attiré par ces paroles définitives du Seigneur Jésus-Christ :

" Celui qui, par amour de mon Nom, a abandonné sa maison et ses terres, ses frères, ses soeurs, son père, sa mère, sa femme ou ses enfants, sera récompensé au centuple et héritera de la vie éternelle."

Enfin, Vittal, poussé de la même manière à consulter la Bhagavad-Gita, lit le vers suivant :

" Abandonne tous tes devoirs et viens à moi comme seul refuge ; ne t'attriste pas, je te libérerai de tous péchés."

Ram a parlé à travers les mots de ces trois grandes incarnations : Bouddha, Christ, et Krishna. Tous lui indiquent le même chemin, celui du renoncement. Vittal pris aussitôt, par amour pour Ram, la décision d'abandonner ce qui jusqu'à maintenant il chérit comme sien et de casser les liens de la vie mondaine."

Et Ram conspire avec lui. Juste comme ces événements se passent, sa femme et sa fille sont invitées à passer deux ou trois jour à la maison paternelle, en ville. Saisissant cette précieuse opportunité, dès qu'elles sont parti, Vittal s'habille très simplement, de deux pièces de toile de coton enroulées l'une sur la partie supérieure du corps, l'autre sur la partie inférieure. Puis, le lendemain, il achète une petite quantité d'ocre rouge et teint deux autres pièces de toile.

Dans la nuit suivante, il écrit deux lettres. Une pour son associé qui l'a dégagé de ses dettes, une autre pour sa femme, qu'il considère désormais comme une soeur.

La lettre à Rukmabaï dit :

Mangalore,

Chère soeur,

Pour l'avenir, vous êtes seulement ma soeur. Sri Ram, aux pieds de qui je me suis complètement abandonné, m'a fait sortir de la sphère de ma vie passée.

Je m'en vais, tel un mendiant, dans le vaste monde, en chantant le doux nom de Sri Ram. Vous savez, je n'ai d'autre ambition dans la vie que de lutter pour obtenir la Grâce et l'amour de Sri Ram. A ce but unique, je consacre le reste de ma vie et je suis prêt à souffrir pour cela jusqu'aux limites de la souffrance.

Nous ne devons plus nous revoir - du moins comme mari et femme. Marchez toujours sur le chemin de Dieu et le la Vérité, et que Rame fasse de même.

N'abandonnez pas le rouet, il vous donnera paix et bonheur. Que Rame y travaille aussi.

Que les bénédictions de Sri Ram soient sur vous et sur Rame. Il vous protège toutes les deux.

Affectueusement,

Votre Vittal

 Il met dans sa poche 25 roupies , et ne prend avec lui que son vêtement ocre composé des deux pièces de tissus qu'il a teintes, et trois livres : La Bhagavad Gita, Lumière de l'Asie et Le Nouveau Testament. A cinq heures du matin, il dit adieu à un monde qui n'a plus d'attrait pour lui, et vers lequel il ne reviendra pas. Il se présente à la gare de Mangalore et monte dans le "Madras Mail". C'est le 27 décembre 1922, il a 38 ans et une vie extraordinaire commence pour lui. Plus tard, il dira : " Jusqu'à trente huit ans la vie de Ramdas fut un échec. A partir de trente huit ans, ce fut un succès".

   Pèlerinage : la Réalisation

 A cinq heures du matin ce 28 décembre il monte dans un train, avec trois livres, quelques roupies, et un vêtement orange comme tout bagage. Le soir venu, il descend à Erode Ainsi commence sa vie de moine errant (sadhou).

 Il se dirige alors vers la gare

 A minuit, la cloche de la gare annonce l'arrivée d'un train. Il se lève, et se trouve à côté d'un Tamoul qui lui demande où il va. Vittal n'en sait fichtre rien. C'est à Ram de décider. Et Ram décide sur le champ : l'homme va à Trichinopoly, promet à Ramdas de l'emmener jusque là avec lui, paye son billet, et tous deux s'embarquent dans le train

Et c'est la fin du second jour.

Au petit matin, il se rend à pied à Shrirangam, située à 13 km de Trichinopoly, et atteint cette ville vers huit heures.

Voici ce qu'il raconte au sujet de cette troisième journée, dans In Quest of God :

"C'est là que Vittal pour la première fois entre dans la compréhension du plan de Ram, ... et ce plan est de le mener en pèlerinage vers les sanctuaires sacrés et les fleuves saints de l'Inde. A Shrirangam, la rivière Kaveri coule dans toute sa pureté et sa majesté. Vittal s'y rend et se baigne en ses eaux claires. Et c'est là que, par ordre de Ram, il revêt la robe de sannyasin . C'est un moment décisif par lequel Ram donne à Vittal une vie nouvelle. Il offre ses vêtements blancs aux eaux de la Kaveri, qui les emporte dans son courant tumultueux. Il endosse les vêtements ocres et il fait monter cette prière jusqu'aux pieds de Ram tout puissant :

"Ô Ram ! Ô Amour infini, protecteur de tous les mondes ! C'est par toi seul que ton humble esclave a été poussé à adopter le sannyâsa . Pour ton nom seul, ô Ram, Vittal a quitté la vie mondaine, et toutes ses attaches, tous ses liens ont été tranchés. O Ram, bénit ton pauvre adorateur de ta grâce ! Fais qu'il obtienne la force, la foi, et le courage pour observer ses voeux et supporter toutes les expériences et les épreuves de toutes sortes qui peuvent surgir sur son chemin de sannyasin et sa vie rude et périlleuse de mendiant".

Il fait alors les 3 voeux suivants :

1°- Désormais sa vie sera entièrement consacrée à la méditation et au service de Sri Ram.

2°- Il observera un strict célibat, considérant toutes les femmes comme des mères.

3°- Son corps se sera soutenu que par des nourritures qu'il se procurera à partir d'aumônes ou par ce qui lui sera offert à titre d'aumônes."

Alors il se sent tressaillir d'une nouvelle naissance, d'une nouvelle vie, pleine du doux amour de Ram.

La paix tombe sur son âme tourmentée. Désormais, il prendra le nom de Ramdas (Das, serviteur, de Ram)

Toujours accompagné de son ami Tamoul, il monte dans le train, en direction de Tirupapuliyur, où les deux sadhous trouvent à se loger chez une relation du bon ami. Un jour, celui-ci décide d'emmener Ramdas darshan de Ramana Maharshi.

L'ashram du Maharshi est situé au pied de la colline d'Arunachala, montagne sainte sur laquelle il se livra à des austérités pendant de longues années. Le bâtiment, à l'époque était une sorte de hangar recouvert de chaume. Les visiteurs y pénètrent et se prosternent aux pieds du saint. Le lieu respire la paix, c'est un endroit béni. Ramana Maharshi est jeune mais il possède un tel calme sur son visage et un tel regard de tendresse et de sérénité que tous ceux qui viennent à lui subissent le charme de sa paix et de sa joie. Comme Ramdas sait que le Maharshi parle anglais, il lui dit :

- Maharâj, un humble serviteur se trouve devant toi. Aie pitié de lui. Sa seule prière est de recevoir ta bénédiction.

Le Maharshi ne répond pas, mais il pose son beau regard sur Ramdas, et le contemple pendant quelques minutes avec intensité, versant ainsi par le regard un pouvoir extraordinaire. Puis il fait un signe indiquant qu'il l'a béni. Un tressaillement d'un bonheur indicible secoue le corps de Ramdas tout entier, le faisant frémir comme une feuille sous la brise. Il oublie tout ce qui est autour de lui, et tombe dans une extase inexprimable.

C'est pour l'évolution spirituelle de Ramdas une expérience capitale : se référant à cette unique visite, il considérera qu'après son père, le Maharshi est son second gourou.

Ramdas raconte :

"Ram inspire alors à Ramdas le désir de demeurer quelques temps dans la solitude...sur la colline d'Arunachala... Ramdas y trouve une petite caverne dans laquelle il entre et s'installe. Il y reste pendant vingt jours et vingt nuits, en répétant sans interruption le mantra que lui a donné son gourou... Dans cette communion ininterrompue avec Ram, il ressent une joie intense, et se trouve plongé dans un océan de béatitude indescriptible.

Au bout du vingtième jour, comme il sort de sa grotte, ses yeux se sont remplis d'une lumière étrange, et il voit le Divin partout. Il Le voit dans les pierres, il Le voit dans les arbres, il Le voit dans les plantes et les rochers et il crie qu'il voit Ram partout. Comme un fou, il se précipite dans tous les sens, et il embrasse tout ce qu'il trouve, les pierres, les plantes, un homme qui passe. Il est saisi d'une véritable frénésie. 

"A partir du moment où Ramdas eut cette vision, une véritable source de béatitude s'est mise à couler en lui et l'a complètement inondé. Cette béatitude, cette joie a continué jour et nuit jusqu'à maintenant. Il est immergé dans un véritable océan de joie et de béatitude qui est tellement intense qu'aucune description ne peut le rendre,... un océan de pureté pour lequel il n'y a pas de parallèle".

C'est au bout de ce temps que la famille de Vittal (Ramdas n'a plus de famille !) apprend que Ramdas séjourne à Hubli, dans l'ashram d'un grand saint indien, Sri Shiddharudha. Sa femme ("d'autrefois" !) et sa fille viennent dans le but de le ramener au foyer. Ils s'adressent à Sri Siddharudha. Et le yogi conseille à Ramdas de les suivre. Ramdas n'a pas d'opinion personnelle : il considère que l'avis de ce grand saint est un ordre de Ram, et obéit.

Ainsi semblent prendre fin les pérégrinations de Ramdas, qui, en un tour de l'Inde a opéré extérieurement et intérieurement sa grande révolution.

Quand ils débarquent, Ramdas, inspiré par Ram, part le premier et monte droit aux collines de Kadri, son ancien refuge de méditant, où il passe la nuit. Et, par ordre de Ram, il élit domicile dans une grotte qui se nomme " grotte de Panch Pandav ", pour mener là une retraite consacrée à parler, méditer et écrire sur Ram.

Il va rester trois mois dans la grotte de Panch Pandav, . Il se lève à trois heures du matin, et descend directement se baigner dans une citerne. Que le sentier soit raide et périlleux, il n'omet jamais ce rite matinal même si la nuit est obscure. Après le bain il médite jusqu'à l'aube.

 

DansDans la grotte de Panch Pandav

  Tout d'abord sa méditation a consisté uniquement en la répétition du Ram-Mantra. Puis cette répétition s'étant arrêtée automatiquement, Ramdas voit "une faible clarté circulaire se projeter dans sa vision interne". Il ressent avec cette lumière "un frisson de joie". Il continue son expérience, et, au bout de quelques jours cette lumière devient "aussi éblouissante que celle d'un éclair" et tout son être se sent transporté d'une immense joie. Il ne sent plus ses pieds, ses mains, il perd conscience de son corps, bien qu'il se rende compte des objets extérieurs. Il reconnaît uniquement les amis qui viennent tôt le matin, il entend leur parole sans connaître la signification. Cet état d'extase, dont il ne peut se libérer, peut durer pendant trois heures complètes. Et alors, très exalté, il chante, ou récite le mantra à voix haute.

Les derniers jours où il séjourne dans la grotte, cet état d'extase l'envahit chaque fois qu'il est seul. Alors la répétition du mantra qu'il a en permanence sur les lèvres s'arrête, et il perd la conscience de son corps.

C'est dans la grotte de Panch Pandav qu'il atteint la vision définitive, qui va demeurer une expérience permanente où l'intérieur et l'extérieur sont également le divin. Alors, il se passe en lui un état d'exaltation mystique où l'Amour s'empare de lui ; et il écrit ces stances, hymne de joie, de ravissement, d'allégeance et de don de soi, et aussi de théologie profonde. Profitons donc de ces paroles inspirées.

 La vie de sadou pèlerin continue, vie miraculeuse à travers l'Inde, dont il serait trop long de donner ici le détail ; on lira avec profit le livre de Ramdas Lui-même, traduit sous le titre Carnet biographique Ramdas, de Marc Avérous.

Anandashram

Quand le sadhou Ramdas termine ses pérégrinations, après deux ans passés à visiter des sanctuaires et autres lieux saints, il s'établit dans un premier Ashram, à Kasaragod. C'est là qu'il voit venir à lui Krishnabaï, dont le nom jusqu'à la fin de sa vie et au delà restera lié à la destinée de Swami Ramdas [voir la page : Vie de Krishnabaï]. Ramdas donne à cet ashram le nom de Anandashram (l'ashram de la joie).

Swami Ramdas et Mataji Krishnabaï

  Mais cet ashram est isolé ; Ramdas et Krishnabaï s'y font gravement agresser et Ramdas décide de l'abandonner. Ils sont invités par T. Bhavanishankerrao dans une maison nouvellement aménagée sur une colline appelée Manjapati, située à 5 kilomètres environ à l'est d'Hosdrug. Bhavanishankarrao et d'autres amis pressent Ramdas d'établir un nouvel ashram sur une aire vallonnée toute proche : on apprend qu'autrefois ce lieu était couvert d'une épaisse forêt où des sadhous et des sannyasins venaient pratiquer leurs austérités. Elle portait un temple dont on voit encore les restes. Par tradition, on considère l'endroit comme sacrée, parce qu'Hanuman, dit-on, quand il revint au Sri Lanka portant avec lui la montagne de Dronachala, en laissa tomber un morceau, et ce morceau est précisément la colline. Cette connexion plaît à Ramdas, qui, sans l'avoir cherché, trouve là un souvenir d'Hanuman, le fidèle serviteur de Ram !

Dieu qui donne l'idée doit donner les moyens. Ramdas écrit à ses innombrables amis de toute l'Inde, et les fonds, les encouragements et les suggestions qu'il reçoit sont merveilleux. Les travaux de construction débutent trois mois avant la mousson, au début de 1931. En mai, le nouvel Anandashram comprend un bâtiment principal, appelé Bhajan Hall , et une maison à l'extérieur de ce bâtiment, pour servir de cuisine. Ce qui suffit pour commencer.

Krishnabaï, très motivée, trouve là à employer son activité débordante, surveillant l'avancée des travaux. Et le matin de bonne heure on peut la trouver assise en méditation quelque part sur la colline.

L'ensemble de l'Ashram s'harmonise avec le paysage. La colline est rude, faite de pierre rouge, avec des haies et des prairies ; quand on monte à son sommet, on voit la mer d'Arabie. Au pied s'étendent une terre fertile, cultivée de céréales et plantée d'arbres fruitiers, et une forêt de cocotiers, manguiers, anacardiers (arbres à noix de cajou), poivriers... Après la mousson, quand l'herbe verte couvre les collines et les plaines, les environs offrent une vue enchanteresse. L'atmosphère qui prévaut à l'Ashram et à ses alentours est le calme et la paix.

La cérémonie d'ouverture du nouvel Anandashram a lieu le 15 mai 1931. Des centaines de personnes sont invitées. Une demi-douzaine de disciples du Maharastra assistent aux cérémonies. Pendant dix jours on chante bhajans et kirtans, on fait la fête, on distribue de la nourriture aux pauvres qui sont là. Les montagnes de Ramnagar résonnent des glorieux Noms du Seigneur.

A la requête des disciples et amis, Ramdas donne une courte allocution :

"L'idéal que l'Ashram doit porter avec lui est l'amour et le service universels , basés sur une vision de la divinité à l'intérieur de tous les êtres et toutes les créatures du monde. Ici chaque homme, chaque femme, chaque enfant de quelques dénomination, croyance ou caste auxquelles ils appartiennent, auront le libre accès. C'est un endroit où tout effort sera fait pour cultiver l'esprit de mutuels amour et service, si bien que ce qui sera réalisé dans ces murs prouvera par l'exemple quelle doit être la conduite humaine dans le monde extérieur. Le Seigneur est notre aide et notre guide en ces matières. Puisse-t-il dans sa bonté envoyer ses bénédictions sur le grand service que cette maison d'amour et de félicité prend en charge aujourd'hui".

On trouve là des hommes et des femmes unis par des liens qui se créent spontanément entre eux dans une fraternité joyeuse par le chant continu de Ram-Nam ; nous reviendrons en son temps sur l'Anandashram du troisième millénaire, qui porte l'idéal fixé ce jour-là par Ramdas.

Le sourire de Ramdas crée autour de lui une atmosphère de lumière et d'amour. Converser avec lui semble facile et naturel. On ne sent pas que l'on est en présence d'un être d'exception : aucune peur, aucune angoisse, la joie vous remplit venant d'on ne sait où, en présence de quelqu'un qu'on aurait inconsciemment attendu depuis longtemps ; devant lui, parlant ou écoutant, vous ne ressentez aucune contrainte d'aucune sorte. Les enfants, les femmes, les hommes, jeunes ou vieux, viennent et vont emmenant avec eux la paix resplendissante qui irradie de ce Papa Bien Aimé.

Anantasivan

  Quelque temps après l'établissement définitif d'Anandashram, vient auprès de Ramdas un jeune homme, Anantasivan, qui deviendra une aide précieuse auprès de Ramdas. Après avoir pris le sannyas, sous le nom se Swami Satchidananda, il est d'abord le secrétaire de Ramdas, puis, lorsque celui-ci quitte son corps, le bras droit de Krishnabaï. Enfin , quand celle-ci disparaît, il lui succède comme directeur de l'Ashram. Nous n'en parlerons pas en détail, voyez plutôt la page : Vie de Swami Satchidananda.

Pendant toutes ces années Ramdas se donne à tous : il effectue des tournées en Inde pour propager son enseignement, et, en 1954, un " Tour du Monde " (World Tour) qui nous intéresse particulièrement, puisqu'il est venu en France et en Suisse, et qu'un livre en Français existe, les Entretiens de Hadeyah, qui rapporte le détail des enseignements qu'il nous a donnés. [Voir à ce sujet la page L'enseignement de Swami Ramdas]

Ramdas quitte son corps

Nous sommes en 1963. Papa Ramdas vieillit, même s'il reste plein d'humour et de joie, même s'il continue de parler merveilleusement.

En avril, beaucoup de fidèles visitent l'Ashram. On fête ses 79 ans. Les visiteurs viennent en foule. Papa est heureux. Assis sur un fauteuil, il reçoit tout le monde et parle d'abondance. Il est lumineux. C'est dans ce mois de grande activité et de forte chaleur que Papa a une légère attaque cardiaque. On appelle un spécialiste de Mangalore, qui ne trouve pas son état de santé alarmant ; il lui donne des médicaments et recommande du repos. Papa, cependant, ne change pas ses habitudes.

En mai la chaleur augmente. Vacances scolaires pour l'Inde : il y a beaucoup de monde ce mois-ci encore à l'Ashram ; des familles entières viennent pour plusieurs jours et les jardins résonnent de cris joyeux.

Madeleine Le Boul, qui, sous le nom de Madhuri, nous a laissé un livre de souvenir de son contact avec Ramdas (La Piste), est en ce moment à l'Ashram ; par elle nous connaissons bien des détails concernant la mort de Papa. A cette époque Mataji lui donne une responsabilité : elle devra s'occuper de Ramdas pendant qu'il dort l'après-midi. Elle devra veiller sur son sommeil, rester à son service et l'éventer chaque fois que le ventilateur électrique ne fonctionne pas.

En juin, avec la mousson, l'Ashram se vide et la vie y devient plus intime, plus calme. Une pluie violente tombe sans presque discontinuer. " On est bien dans la chambre de Papa, toujours souriant, lumineux et plein d'humour " note Madhuri.

De temps en temps, quand il y a une éclaircie, il s'assied dehors sous le banian ou l'arbre de bodhi qui couvrent la grande terrasse de l'Ashram. La vie se tisse de mille petites choses impalpables, à peine sensibles pour les gens pressés, mais chargées d'intensité pour celui qui, éclairé par l'amour de Papa, a décidé de marcher dans ses pas.

C'est dans cette période de paix que Papa va nous quitter. Sur la pointe des pieds. Il ne meurt pas après une longue agonie, il s'éteint sans gêner grand monde, sans provoquer de phénomène ou d'opération miraculeuse . Swami Satchidananda écrit : "July 25, 1963, dawned like any ordinary day" ; et Madhuri note presque identiquement que " la journée du 25 juillet est exactement comme toutes les autres ". Papa se lève à la même heure que d'habitude, écoute comme d'habitude de la musique religieuse à la radio. Comme tous les jours il agit, rit et parle avec les gens qui sont présents. Un de ses disciples qui lui est très attaché, Saghal, reste à ses côtés, et Madhuri passe une grande partie de la journée dans sa chambre. Mataji elle aussi vient souvent auprès de lui.

Dans la matinée, il dort un peu ; ça lui arrive quand il reçoit peu de monde. L'après-midi, Madhuri surveille seule sa sieste et l'évente. Son sommeil est court, très court ; elle se demande même si il a vraiment dormi, elle a l'impression qu'il a seulement fermé les yeux. Et comme elle lui en fait la remarque, il répond : " Ramdas n'a plus besoin de sommeil, il dormira ce soir ".

Au lieu de partir vite à la salle de bain comme il le fait d'ordinaire, il reste sur le bord du lit, sans prendre les lunettes que Madhuri lui tend. Il la regarde comme s'il avait quelque chose à lui dire. Puis il a un geste de la main et un hochement de tête, et se lève lourdement.

 L'après-midi se passe comme les autres : il ne pleut pas, mais Papa Ramdas ne désire pas sortir. Il n'y a que quatre personnes avec lui, avec lesquelles il parle peu et doucement.

 Vers cinq heures du soir il commence à se sentir mal. Swami Satchidananda qui se rend auprès de lui tous les soirs vers six heures, a un pressentiment ce jour-là : il avance sa visite d'une demi-heure ; il voit Saghal descendre en vitesse vers la cuisine. Quand il lui demande pourquoi, il répond que Ramdas est souffrant. Swami Satchidananda se hâte, et, lorsqu'il entre dans la chambre de Ramdas, celui-ci, dans son fauteuil, lui demande de venir s'asseoir à son côté : " Ramdas a l'impression d'étouffer. S'il te plaît prends lui sa tension " demande-t-il. La tension prise, il veut se rendre aux toilettes. Il est à peu près six heures et quart.

 Mataji l'amène et là, Ramdas se vide et perd son énergie. Il est soutenu par Mataji et Swami Satchidananda qui le reconduisent sur son lit.

 Alors l'affolement gagne tout l'Ashram. En quelques minutes, la chambre se trouve pleine de monde qui regarde anxieusement Papa respirant avec difficulté. Il est agité : il s'assied, se recouche et s'assied de nouveau, dit quelques mots en konkani à Mataji, et répète " Hari, Hari, Hare Ram ".

 Pensant que ce trouble est dû à des flatulences, on lui applique en vain des compresses chaudes, mais bientôt le médecin, appelé, pense qu'il s'agit d'une attaque cardiaque. En peu de temps, après un dernier " Hare Ram ", Papa a quelques respirations brèves et un râle. Il s'effondre. Son agitation cesse. Tout est fini : Papa gît paisiblement. Il est un peu plus de sept heures le soir.

Les résidents de l'Ashram se trouvent dans la chambre, prostrés autour du lit. On chante Ram-Nam. Swami Satchidananda est occupé à téléphoner partout pour informer les dévots, les amis, les journaux et la radio de la mort subite de Swami Ramdas.

Personne ne songe à manger ou à aller se coucher. La nuit entière se passe auprès du lit et Ram-Nam ne s'arrête pas.

Mataji, dès qu'elle a conscience que Papa a atteint le Mahasamadhi , se tait jusqu'au lendemain. Elle s'assied et toute la nuit masse les mains puis les pieds de Papa, pensant qu'il ouvrira une dernière fois ses yeux si ses fidèles ont une foi inébranlable. Elle dira plus tard : " Quoique notre divin Papa ne nous regardait pas et ne nous écoutait pas, nous espérions le voir se lever un moment et nous parler de sa manière divinement humoristique, et nous faire tous rire, parce que rien ne lui était impossible ; et nous continuâmes à chanter Ram-Nam. Mais comme notre foi n'était pas assez forte, notre Bien Aimé Papa qui pénètre tout ne montra aucun signe de mouvement. Et comme le temps passait et que bientôt les fleurs, la poudre de santal et l'encens amenés avec toute leur dévotion par les bhaktas couvrait son corps saint et divin, nous devînmes certains que notre Bien Aimé Papa ne se réveillerait pas ".

A six heures du matin, elle quitte sa place à côté de Ramdas et va à la salle de bain. Avant de fermer la porte, elle voit Swami Satchidananda et éclate en pleurs. Swami lui aussi pleure avec elle.

Ensuite tous deux reprennent courage pour parler aux uns et aux autres, et en particulier des détails de la crémation. Mataji reste auprès du corps de Papa ; elle n'en bouge pas de toute la journée ni de toute la nuit suivante. Sans prendre ni repos ni nourriture, elle masse encore les jambes de Papa.

L'incinération de Ramdas a lieu le 27 juillet 1963, deux jours après sa mort.

Entre temps, les devotees sont venus de toutes les parties de l'Inde en grand nombre, s'ajoutant à la population du voisinage qui défile au grand complet. On s'écrase dans le Bhajan Hall, où Papa est étendu en attendant l'incinération.

Mataji note que " sa divine forme physique, rayonnante et souriante, répand une paix et une béatitude inexprimables "... On l'a déposé sur un tapis, une natte, un édredon, un épais matelas, des dessus de lit en soie et en coton, le tout placé sur une couche de bois de santal, de fleurs parfumées, guirlandes, différentes sortes de parfums, encens, camphre, etc.,. Le bois de santal à la base du foyer est allumé à onze heures quinze ".

 C'est à dix-huit heures que les cendres ont pu être ramassées dans de grands vases et conservées dans une petite pièce au fond du Bhajan Hall, que Papa a utilisé comme chambre dans les premiers temps de l’Ashram.

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